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Le cheminement vers `l Hyperboree

““…question qui troublait Hérodote: “Qui sont les Hyperboréens?” Sont-ils “la population d’au-delà du Vent du Nord, qui pratiquait le culte de ce Vent, tout comme les Thraces qui peuplaient la côte de la Mer de Marmara? Croyaient-ils que, après la mort, leurs âmes fussent conduites par Hermès, gardien des âmes, vers le château de glace, serti dans un châssis d’argent et qui, situé au-delà du Vent du Nord, était gardé par Alphète, étoile resplendissante?””

(Robert Graves: “La Déesse blanche”)

Archiimpossible, car, évoluant par bonds au cours de l’étape d’avant la Création, la conscience que le sujet divin a de lui-même atteint une parfaite concentration dans sa vision en rêve d’un avenir lointain (lieu et temps perdus où habitent les Hyperboréens). Jusque-là, elle n’est qu’un processus qui a son corps dans le potentiel révolutionnaire des masses; ou bien: dans une étendue infinie des parcelles non encore synchronisées qui, toutes ensemble, forment Arianrod, être tissu de fils de lumière. Jusque-là, elle n’est qu’un processus – cortège triomphal unique – guidé par le regard d’un témoin lointain, femme à l’aspect d’oiselle, prophéthesse. Parvenue à son apogée (Couronne du Vent du Nord; image du hasard – portée maximum du Dé Jeté), elle s’y cloître, en s’isolant ainsi du processus qui l’avait élevée si haut. (C’est là que le soleil de la loi se retire au fond de la nuit). De là, les prêtres de la Triple Déesse pouvaient reproduire sa dernière réalisation: l’image du hasard, mais non pas le chemin suivi pour aboutir à la carte d’un futur ciel nocturne se déployant par elle-même. Car, dans l’esprit bien concentré de la Déesse, ce chemin était déjà inaccessible au monde terrestre du fait qu’il avait changé: “L’Idée-Dé (Couronne crétoise) est prête pour les transfigurations les plus inattendues”* (Deleuze). En effet, le cheminement du mouvement révolutionnaire, tel qu’il s’était déroulé une fois au débout (cf. la première interrogation consciente sur soi-même, posée par une individualité qui recherchait un espace à éclairage supplémentaire permettant l’évolution de soi en toute liberté), ainsi que la source de son initiation, étaient désormais – pour l’entendement de la Déesse – représentables avec beaucoup plus de netteté, tant en ce qui concernait Elle-même que les prêtres à son service. Cependant, il s’avéra que le prix de cette image, dorénavant plus précise, était exorbitant, c’est-à-dire qu’Elle et son élite furent contraints d’affronter des risques immenses; cela la fit mourir comme symbole: elle disparut pour le monde des humains. Mais, au moment de sa retraite la plus profonde, jusqu’au-delà du Vent du Nord, la Déesse se transforma en sa propre fille: Astrée (Alphète/Arianrod), celle qui pouvait imprimer dans l’âme humaine le logos de son émancipation suprême et qui était la seule à savoir expliquer aux néophytes le sens de la mort/l’èloignement de sa mére: sa puissance de régénération perpétuelle! C’est que l’essence de la loi maternelle ne pouvait être interprétée que par sa fille, pour être ensuite semée dans un infini impénétrable. Néanmoins, tout le mal qui devait se produire sur la Terre sera commis précisément en son nom, malgré son absence et sa stupéfaction paralysante devant les atrocités de ses visions oniriques* (Novalis). Cela fit périr peu à peu ses anciens prêtres aussi, auxquels se substitua un roi-tyran, qui falsifia et défigura l’idée qu’elle avait de la démocratie (conçue comme processus), en mystifiant les masses par des assertions visant à les persuader qu’elles pourraient accéder immédiatement à l’état d’égalité, réservé aux initiés, et en prétendant que l’idée d’or sur l’égalité était réalisable en même temps et partout! Archifascisme: la Déesse de la Justice (volcanique), projectrice des mondes en voie de développement, opposés les uns aux autres, fut réduite à l’état d’une mère universelle anonyme, nourrice invisible d’une communauté, abstraitement uniforme (cf. nations), raison pour laquelle sa fille Astrée, initiée à la loi maternelle, mais extrêmement dégoûtée des humains et aspirant à s’installer dans un coin perdu, sous un ciel à la lumière polaire, abandonna la Terre (pour s’éveiller à nouveau dans son contexte originaire où elle jouissait du droit de primogéniture – dans la Constellation de la Vierge). Mais, cette même illusion – fantasme mythique d’une espèce particulière, image de la tentation et, à la fois, celle de rudes épreuves, Labyrinthe Cannibalesque – était précisément le test qui apportait la connaissance de l’émancipation, utile aux humains. Et ce sont les poètes des cultes populaires en voie de disparition, consacrés à la Déesse de la Montagne rouge (dans une île volcanique), qui furent les premiers à la posséder. Aussi est-ce, tout d’abord, sous la domination d’un tyran que le peuple s’affranchit de la divinité, morte longtemps aupravant par excès de compassion. Vinrent ensuite, en plus, les poètes d’une nature éloignée, bordée d’argent, qui, en leur qualité d’émancipateurs luttèrent contre la fausse émancipation, tyranniquement instaurée.

Le but de l’éruption volcanique, due au regard maléfique du Soleil qui avait touché à l’incandescente pierre comprimée du foyer de la Terre, était de projeter vers une petite île égéenne <1>, le côté calciné de cette même pierre qui, dans l’espace d’un instant, présenta, au lieu de la pâleur du courroux Maternel, la tête d’un des Titans vue de profil, – image des premiers pressentiments relatifs à l’île des bienheureux (rebelles). Et ce fut seulement là une révolution complète – déplacement spontané des pressentiments d’or et sortie de sa coquille d’origine utopique, – sacrifice du refuge absolu (cité-roue d’argent) sur le plan de son propre symbole (labyrinthe de miroirs).

Profil du Titan – première ébauche de “l’escalier sépulcral”, prévu pour “la sortie de chambre”* (Mallarmé), est effectivement la seule plate-forme d’où on lève l’ancre, ou bien, où l’on dénoue définitivement la chaîne nouée des associations (nécessaires à la construction de cet escalier); c’est l’endroit où commence à se dérouler la courbe de la grande sortie, réservée à l’ascension vers la sphère qui domine l’univers (le Bateau).

La carte du trésor insulaire sombré (cf. peloton de nuit, caché dans un meuble de “la chambre temporelle” (Mallarmé)), est la préfiguration du mouvement d’interchangibilité (sur un pied d’égalité) des Moïres elles-mêmes, conservées dans un détail/image sous-jacente ou celle du du bout d’une fléchette, représenté précédemment dans la disposition des pierres volcaniques sur une image archiarchaïque qui évoquait la fuite des premiers êtres devant l’inévitabilité de sacrifice à leur propre Idée – devant le jugement rendu par un Coup de Dé; et c’était là le mouvement qui ne devait se manifester que postérieurement, sur le rivage désert du dernier débarquement des naufragés, devenu le pavillon d’une décision altérée. S’y trouvait la troisième Moïre, Atroposen-tant-que Krone (cf. Oiselle Mère de la Gloire) <2>, personnage redevenu jeune, tel qu’il était représenté sur une image archiancienne. En effet, tous les détours inattendus de sa navigation étaient gravés dans le tendre relief de son visage – flottement du pavillon. Aussi arborait-elle une figure à la fois froide et ardente, disparue dans la fumée de paroles muettes, si bien qu’il n’en resta que l’image originaire – projection d’une masse déferlante, polissant sa réponse définitive.

“Le pavillon plat étale ses armoiries complètes, –

mais dans ses plis, quelle universalité muette!

(…)

En montrant l’image tout entière comme le joueur aux cartes

qui en jette celle qu’il juge la plus forte,

et qui par son geste et par son sourire sibyllin,

rapelle je ne sais quelle image d’une déesse qui change.”

                                              (Rilke: Le Pavillon)

***

À cause du même danger couru également par Écho, reine non encore incarnée de l’Âge d’Or, c’est-à-dire dis/Harmonie, surgie du Chaos (“la véritable Uranie se penchant sur la dispute (…) de tout son corps, comme la voûte céleste.”)* (Anica Savić-Rebac), ne garda pas longtemps dans ses mains tisseuses la fléchette, modelée par le ciel et l’océan, la seule qui pût lui offrir la possibilité d’opérer le changement total qu’elle souhaitait (cf. et, à la fois, un changement sur le plan de l’ordre social du monde insulaire archaïque, qui avait longuement discuté le critère à appliquer au sujet de l’impossibilité de continuer à vivre dans l’île). C’est Elle qui remit cette aiguille à tisser, sous le sol sismique, un ciel entièrement nouveau – projet qui avait causé une panique générale sur la Terre – à sa fille Astrée, dont le règne fut bref et qui, ayant pendant longtemps fui les humains, n’était plus accessible à personne. Celle-ci s’était d’abord détachée de la Sphère transpercée, à lumière vacillante, pour confier aux hommes, au moment le plus favorable /préhistorique/, les mesures de la dis/harmonie céleste, après quoi elle se rangea aussitôt du faux côté de désertion du Soleil, raison pour laquelle elle devint, aux yeux du monde, une image obscurcie d’Uranie elle-même (narcissique, comme celle d’Écho). Donc, une image émergeant à minuit, reflétée à midi et évoquant le refus du droit d’allumage à la première étoile isolée, Astrée; et aussi, une image clignotante du droit soustrait à toutes les étoiles naissant dans une constellation de se hasarder à s’allumer par elles-mêmes, (malgré le test que l’esprit pondéré d’Uranie leur avait fait passer et malgré la pente dangereuse formée par son corps félin après son bond vers la hauteur de minuit, embuée par l’encre de leurs propres larmes), au risque d’être condamnées à un isolement absolu, choisi ainsi par elles-mêmes! Cependant, c’était également une image qui traduisait l’impossibilité pour Astrée, civilisatrice de la société antique, de prolonger son séjour sur la Terre; mais, précisément grâce à cette excommunication, elle acquit une propriété spécifique: faculté de voir dans l’ombre – écran de miroir obscur /les yeux de chat/ émettant la lueur déclinante de la lointaine Justice céleste. Et c’est pourquoi Uranie elle-même, après la retraite d’Astrée, ne représentait plus, par sa figure tremblotant* à l’horizon, qu’un simulacre de souveraine, simple hypostase de l’impartialité divine – principe qui avait régné dans l’harmonie d’avant la vie de la Sphère, en tant qu’ensemble de tous les âges rotatifs possibles, “avant” qu’une seule époque ait été analysée et adoptée pour la concentricité d’or de la Polis d’une époque dominante. Cependant, grâce à la fléchette à tisser, reçue en cadeau, Astrée, “accrochée au ciel”, chassa, (par la rapidité de son regard arqué), son mauvais destin d’isolée et obtint la possibilité, finalement fixée avec précision, d’abandonner la mêlée de mondes potentiels, c’est-à-dire elle reçut le signe gravé lui permettant de s’installer dans le meilleur des mondes/temps qui, quoique de brève durée, étant implantés exprès sur l’emplacement de catastrophe volcanique – afin de pouvoir être élancé comme une boule incandescente du centre de la terre vers un avenir posthistorique, – avenir d’un ciel beaucoup plus éloigné qui devait se présenter avec une netteté de loin plus intense.

 En effet, Khora/Uranie/Harmonie n’est pas transparente: elle renferme d’innombrables spectres, tout comme un entonnoir cyclonique pesant les éléments d’avant la vie de la Sphère et comme une constellation “suspendue”, éteinte longtemps auparavant; (cf. “voix glaciale du passé”* (Nietzsche)). Cependant, Éros le Démiurge – en tant que vent violent, à la fois souterrain et terrestre, dont les multiples courants s’entrelacent en éparpillant les semences printanières et, en tant qu’orage magnétique entourant finalement le trône du Soleil de minuit, nouvellement né transperce et incline, – grâce au cercle refermé autour du monde – le sombre espace cubique de Khora, soulevé et naviguant dans le ciel, le tout de façon à tirer du fracas sourd de cet espace cubique une flèche dissonante, descendant en diagonale (une baguette fourchue)**(Dérida) qu’Éros le Démiurge lance de la hauteur suprême de l’avenir vide dans la plus grande profondeur du passé encombré. Or, ce faisant, il rend sphérique ce même cube, – dé de prise d’une décision sur la forme d’imbrication de la terre et du ciel, en le dotant ainsi d’une nouvelle vitre stellaire (sortie lumineuse de la prison de ce cube), par laquelle regarde Hespérios, captif de son ardente aspiration à se créer son propre ciel; œil d’un puits céleste double, dans lequel, à cause de sa bicéphalité, boit le dragon Ladon, grand connaisseur des justes doses entrant dans le mélange de Léthé et de Mnémosyne. Alors que la Figure scintillant à l’Horizon (attache reliant les mondes innombrables) n’y est qu’une forme de transition entre Éros et Khora, déterminée par la vitesse de cette flèche qui se dépasse elle-même en volant en arrière: quant à ces deux, ils sont trop immenses par rapport aux mesures terrestres pour pouvoir jamais se rencontrer.

“Le cercle, peut-être, produit l’avenir, si incroyable que cele puisse sonner”. (Dérida: Politiques de l’amitié)

C’est le cercle virtuel (temps saturnien, qui laisse échapper l’information sur un détour débouchant dans sa propre orbite (cf. éclair – signe de folie”* (Nieztche)) – en annonçant sa décadence. Ce n’est que cette fléchette flottante qui fixait l’angle (le demi-instant précis) – conditions sous lesquelles fonctionnait l’attache de la demi-courbe du temps: image de la cohérence non fortuite /planant en permanence entre un objet aux mouvements spontanés et sobres, d’un côté, et son arrière-plan s’épandant à l’infini, de l’autre.

En effet, Éros, en tant que génie de lumière tourbillonnant et comme circuit paradoxal produisant un avenir absolu*, se scinde, à la suite d’une collision fracassante dans son for intérieur, en deux pôles irréductibles de la lumière, ceux qui ne peuvent s’unir à nouveau que grâce à l’intervention d’une multitude indéfinie de particules miniscules – esprits commençant à obéir à la conscience morale (individus révolutionnaires). C’est une Polis terrestre, restaurée grâce au souffle provenant d’une fissure de la Sphère et bâtie à un rythme accéléré, conformément au code altéré des communications post-scissionnistes.

C’est par Éros (Génie printanier) que chaque fois est démasquée, d’un degré de plus, l’extrême profondeur du temps saturnien (rouleau de la nuit), qui n’a pas son espace à lui, mais qui est voué à bâtir indéfiniment. Or, cette étape d’avant le temps n’obtient son espace virtuel (Éther de la Mèche flamboyante) que grâce à la sédimentation, sur la Terre, des larmes versées par le Soleil, emprisonné au moment de Minuit, ce qui est la condition déterminant la dernière Aube Terrestre excessivement prolongée, par laquelle l’histoire de la Terre finit! Donc, Éros, spontanément surgi, –  en tant que lumière formée par les éclats épars du Miroir brisé – éparpille, tout comme l’écho se cabrant contre tout, le Soleil de volonté tyrannique, – ce soleil qui à l’origine, s’était annoncé comme appel hypnotisant (cf. sous la forme du dilemme non résolu au sujet de l’/in/existence) d’une création antérieure au commencement du monde – comme maille de celle d’un avenir lointain.

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*      *

Le nom rayé de l’identité archiancienne de la mère ancestrale est la topographie du mal non encore déclaré, ou bien la carte des points pathologiques au sein de l’âme universelle: elle est, donc, le rouleau de la languette de feu de Sa propre volonté qui  aspire à s’arracher au filet de l’universel, à s’enfuir de la Boîte Noire pour s’élancer sans retour vers les étendues de l’Indéterminé. Le seul qui en ait les clefs, c’est Toth Hermès, cette situation étant due uniquement au fait que sa “blessure mortelle” (la tache de son âme) a précisément les dimensions <3> de l’espace que la substance de la Mère avait à parcourir pour atteindre le point de Sa pléntitude. Car, la seule chose que cette sphère maternelle aux possibilités infinies pût sacrifier (étant fluide), c’est-à-dire objectiver comme victime spontanément allumée, c’était sa connaissance des tournants sur son chemin à travers les étendues sans bornes. En effet, cet espace de possibilités se fraie le chemin s’arrache/s’éclaire grâce à la disparition/au sacrifice de son repère – forme initiale des connaissances que la Mère universelle, surgie du chaos, possédait sur l’orientation spontanée dans le vide.

La formule susceptible d’empêcher les abus du Contenu-de-la-Boîte agissait selon le principe suivant: si l’on essaie de l’ouvrir de force, on sacrifie un des éléments qu’elle renferme, immédiatement applicables dans ce monde (et ce sont, par exemple, les cartes natales des habitants des territoires bien précis qui, grâce à la confrontation de leurs substances, permettent le contrôle absolu des éléments pathogènes de ceux-ci), par quoi cette formule est transposée, d’une forme achevée de connaissances, quoique impossible à démêler à fond, en une forme extatique ou poétique, qui a pour but la transfiguration alchimique de l’espèce humaine, non pas la surveillance sur celle-ci en tant qu’espèce privée de l’avantage de transfiguration et entravée dans sa capacité excessivement créatrice.

Cette tentative, incomplètement efficace, de réprimer le mal en prévoyant les endroits de son apparition, et cela sur la base de critères surannés, alors que le ciel étoilée avait déjà changé, fut effectuée précisément par Toth-Hermès. Celui-ci, détruisit aussitôt la carte du mal, rouleau contenant la volonté maternelle, de peur que, n’ayant pas encore été déchiffrée, elle ne le dénonçât, précisément lui, comme le seul qui eût une tache parfaitement mesurable au sein de la vieille élite éonique (car, s’y étant faufilé, il n’en était pas effectivement issu).

Donc, la contrefaçon stricte, non-artiste de cette carte, due à Toth-Hermès, s’accomplissait automatiquement, par le seul acte d’ouverture de la boîte, essentiellement violent, malgré que celui-ci en possédât la clé. Cependant, c’est Ananké elle-même qui, en sa qualité de Nuit étoilée et grâce à sa prescience, l’avait poussé à faire cela, vu son statut de néophyte dans la vieille élite éonique (l’appartenance à celle-ci étant plus ou moins limitée pour le Génie de son Orage), parce qu’il incarnait son impossibilité (non déchiffrée) de se renfermer en Elle-même.

Afin de voiler ce qui avait été détecté et empêcher en même temps l’éruption du mal inhérent à la nature humaine (sortie des lieux de résidence élyséens, accompagnée d’incendie – fin de la merveilleuse Lémourie!), il détacha, – en brandissant la clé, en guise de marteau – la tête/la coupole/la tour/ à la Dame de la Nuit Étoilée pour la transférer dans le monde souterrain (où elle continua à gémir par la substance de ses racines qui annonçaient la vie). Ce faisant, il dissimulait soigneusement son côté ténébreux, tout en mettant en évidence celui des autres, – du fait qu’il refusait d’accepter l’existence de ce qui dépassait la mesure de son bien et ce qui se transformait en la mesure de son mal /pareille à celle du mal suprahumain/.

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*      *

À la différence des documents qui étaient simplement égarés (tempo d’interprétation du sujet, recherches d’une formule de déchiffrement toujours nouvelle), les documents perdus (topographie des mesures individuelles du mal déclaré ou bien, la hiérarchie des esprits qui en témoignait) furent remplacés par Khora (la tête tumultueuse de la Dame), par l’espace de fonctionnement libre de la Raison, chambre claire où avait lieu la sélection du retour éternel et où tous les déchets étaient détruits par le feu.

Or, ces seconds documents, ce sont les premiers repères, sacrifiés, malgré tout, à l’éblouissante individualisation de la création, – contrepoint à la principale ligne mélodique de celle-ci: son pivot (élan de la décision) penche et se précipite dans l’abîme, en se réduisant à l’axe (toupie-roue) des éclaircissements innombrables du principe sur lequel était fondé le fonctionnement de chacune des formules considérées comme propres à déchiffer le phénomène du mal. C’est ainsi que se forma l’œil de l’oiselle morte, cercle blanc dans un carré noir séparant une paire d’étincelles croisées, ce qui fixait, par le changement d’optique de l’auto-observation, les dimensions des distances intérieures: orbite de l’avancement rouge, ou bien, passage réservé à la fuite du soleil dans la profondeur de la nuit. Donc, coupure dans la composition de ses propres points noirs ou bien découpage et rejet de la partie du graphique donné, qui correspondait précisément au refus de l’option initiale, faite par le créateur: angle mort au sein de la grande formule dans laquelle se faufila le mauvais esprit du passé (Ombre-Siamoise). Alors que du fond de cette même ouverture percée s’éleva un regard dont la lumière-éclair – à l’instar d’une écriture fluide – fut imprimée dans le paysage environnant. Par conséquent: il n’importait plus de savoir quels esprits se trouvaient, et lesquels non, à la section d’or archiancienne, foyer de l’œil de l’oiselle morte, pas plus de savoir quels êtres , au sein du regard divin s’étaient révélés supérieurs/d’origine très ancienne et lesquels inférieurs/d’origine moins ancienne, mais le contraire de tout cela: ce qui importait désormais c’était exclusivement le résultat de ce croisement (individualisation de la vision, dans les temps les plus reculés, œil clignotant de minuit): un pas en avant à faire jusque’au point culminant de la connaissance de soi-même, dans le cadre de la même constante: pivot de la roue d’argent, susceptible d’assurer, à l’infini, le cisellement, l’aiguisage,l’ascension et la chute, le franchissement des précipices et la montée des pentes abruptes, – progrès illimité de la conscience que la Créatrice avait prise d’elle-même ou bien la marche de la révolution côtoyant l’abîme.

En effet, l’oiselle prophétique dut s’écarter de sa position de superviseur pour se voir elle-même, si bien qu’elle plongea dans son tréfonds et cela signifiait que toutes les créatures ne pussent pas tenir dans son œil larmoyant; dans ce cas, elle n’eût pas disposé de l’espace suffisant pour s’examiner et raffermir son propre critère lui permettant de distiller, dans la masse considérée, la classe des esprits de sa race: combinaison – selon un code secret – de lettres noires dans la prunelle blanche du Soleil, topographie des taches d’éruption sur la face du Soleil ou Son contexte initial, volcanique (ayant été marqué par la lave), dans lequel Elle s’était présentée.

“Les volcans restent à leur place, mais leur lave passe par le grand vide du monde et lui apporte les vertus qui chantent dans ses plaies.”

(René Char: “Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud!” ;“Fureur et Mystère”)

En même temps la panique s’emparait de la masse, ce qui entraîna l’assassinat de l’oiselle, – crime des temps les plus anciens. Cependant, la classe subsistante des esprits (rebelles) découpa, au moyen des mandibules de scarabée, les taches sur la face du Soleil de minuit (en séparant les contours de deux costellations opposées) et réduisit celle-ci à l’illustration /image révélant les plus grandes profondeurs qui recelaient la réponse à la question d’identité de la Créatrice/. Et c’était là l’incarnation figurative immémoriale de la classe supérieure des esprits surgissant de la blessure mortelle de l’oiselle ou de la fente obscure formée par le collage; œil diamantin d’un être volant, triste comme le Soleil dans son propre antiespace, intégré dans le contour d’une constellation qui nous est totalement inconnue.

C’est ainsi que, grâce à l’œil de l’Oiselle, la détection du mal – avant que celui-ci, gisant dans l’être du Soleil, ne se fût déclaré – devint la condition qu’Elle devait remplir pour pouvoir parfaire sa propre individualité. Elle y réussit, en concentrant son regard – du haut du sommet tronqué de la connaissance qu’elle avait de son tréfonds – sur le reste de sa propre lumière: larme de minuit – sédiment d’un orage lumineux; fille d’elle-même et du Soleil mourant: nymphe d’un fleuve tari longtemps auparavant: Écho.

Écho – géomètre à la recherche des lieux omis dans le temps: œil-cratère de l’Oiselle morte. Or, c’était précisément l’endroit d’où le temps s’était mis à couler et où une injustice fut commise à une époque immémoriale. Car, c’est par la véhémence de son propre retentissement – aliéné – que cet œil fut alors atteint: luciole capturée entre les deux battants de la porte céleste.

Narcisse – à cause du lien entre le lieu où il avait pris conscience de lui-même et celui de la vision prophétique de l’Oiselle, il ne désirait pas voir s’étendre la sphère des signes de celle-ci; c’est pourquoi ses cils s’enfoncèrent profondément dans le lac vert foncé de l’œil de l’Oiselle, pour finir par  être fauchés par la faucille levée de la révolte volcanique des Titans! <2> Mais cela incita celle-ci à se renfermer d’avantage en elle-même à l’égard du temps, du fait que l’ouverture de son cratère-entonnoir devait désormais être recouverte de cette même faucille et, tout comme la porte du ciel boréal, fermée à clé, de sorte qu’il fallait la forcer par le heurtoir dont le retentissement portait le plus loin: par Écho elle-même.

Donc: un être divin peut tout de même établir en lui-même un premier tremplin – prescience de l’issue de toutes les voies – et s’en servir, en le réduisant à une forme de moins en moins grande, jusqu’à son invisibilité – à l’écho – pour descendre dans le temps, étant totalement libre et ayant la possibilité d’en revenir. Cependant, il ne peut le faire qu’à travers une fente dans le panache ocellé de sa flèche précognitive qui finit par étaler – à l’instar du degré d’un escalier mécanique qui déclenche le mouvement /”gachette”/ – son revers intemporel. Et cela de façon à faire passer la queue-panache devant, dans l’espace réorienté vers l’est: intervalle prolongé entre les souvenirs, arrachés à la coquille de rêverie intime, œil du phare flamboyant à travers le brouillard ou pont de communications sélectives entre le ciel et la terre.

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Le détour de la flèche posant la première question et tirée vers sa propre queue-panache (monade – livre spectral), cause le transpercement de l’intérieur de celui-ci et l’arrachement d’une feuille vierge. À ce moment-là, la pointe tronquée de la flèche (celle de la plume) se transforme en fixateur du mouvement d’effeuillement: en tire-bouchon du sens le plus radicalement émoussé. Alors que sa parcelle minuscule détachée, comme le point de mille engagé dans une matière sépulcrale (coin mort du livre, caractères brouillées), qui n’est en fait qu’un éclat de miroir d’une réalité parallèle, dans la perspective de laquelle cette matière se voit elle-même d’une façon altérée, grâce à quoi elle rectifie l’angle de rotation de la monade, contrainte d’atterrir. Donc, échec de la tentative de fausser l’Orage, Éros, partenaire d’Ananké au jeu, toupie de sa décision altérée de tisser après la mort – qu’elle transforme en Tanatos.

C’est avec les pôles opposés du globe terrestre et, à la fois, spontanément interchangeables, qu’un tire-bouchon est réalisé en forme de mandibules de scarabée; il tire (du sous-sol sismique le plus profond) et déroule une carte de voyage éternel (dépassement, par la fugue, du globe qui embrasse l’universel, ou bien qui prend un aspect de plus en plus pointu et ailé: élancement définitif vers l’Inconnu); la collision entre deux champs magnétiques orientés dans les sens opposés, fait naître un champ nouveau – une feuille vierge. Et c’est là le but d’une éruption volcanique: pierre projetée du fond du monde souterrain en vue de déplacer le centre de gravitation des structures présentées par les choses supraterrestres.

La pierre blanche, découverte au moyen d’un plomb de sonde, au-dessous de la plus grande profondeur ou la pierre meulière d’un ciel s’étoilant de nouveaux astres, contribua à ce que fût égaré un élément du puzzle de tous les temps. Car c’est précisément celui-ci qui annulait /remplaçait/ décelait le point perméable au cœur du croisement immémorial, point qui est l’obstacle principal à la recherche d’une sortie de l’aire de confrontation de la Créatrice avec sa propre créativité, – angle-clé dans l’attelage de son char céleste; ainsi que cause de la captivité de l’âme (de n’importe qui) dans la tour de mort irréelle et de retour à la vie. Or, c’est là cette aptitude unique à éclaircir les sources avec un esprit critique possédé par la Mère universelle, mais dont le demi-dieu à “la barbe rousse”, gardien-et-balayeur de la vérité de l’ancien monde n’avait aucune idée. En effet, alors que la pierre blanche du monde souterrain constitue le centre spirituel rebelle du Soleil terrestre, le centre perméable (instrument de l’ancien Dieu) est condamné à l’agonie: à une alternance continue de la syncope et d’une fausse résurrection. Cela signifierait à la fois la réorientation totale de l’esprit cognitif: renonciation à la Cosmopolis instaurée sur la Terre en des temps immémoriaux en faveur de la construction d’un escalier menant vers les Cieux, mais qui risque d’être rejeté devant la porte céleste. Car, les Cieux acceptent certaines marches ascendantes, alors qu’ils renvoient les circulation en spirale, susurrante comme un ruisseau; aiguille à tisser tirée des nébuleuses bleues ou bien, connaissance de la succession précise des mondes/âges/souffles; corps de la mère universelle, étoilé d’une autre manière ou manteau de la nuit recoupé par les profondeurs.

C’est ainsi qu’au moyen d’un tire-bouchon fut éliminé du trésor d’images transpercé, qui avait la forme de cube, son élément perméable, son anti-fils, crucifié le corps renversé, pour être remplacé par une pierre sphérique d’au-dessous des profondeurs les plus grandes, ce qui transforma ce trésor, récipient recueillant les étoiles, en un filtre rayonnant: moulin distillant la vieille élite éonique, assez restreinte, pour en tirer un nouveau cercle votif prenant de l’ampleur à l’instar de la résonnance du son.

La flèche du temps, en tant que heurtoir (ayant la forme d’un plomb de sonde, renversé et soulevé) frappe finalement à la porte des cieux (“paroi des échos” (H. Broch), qui déploie gracieusement la substance de l’au-delà), – et se trouve renvoyée. S’ensuit le retour dans la profondeur auto-observatrice d’une prunelle (coquille du temps perdu), avec, en plus, éclairage d’un espace supplémentaire, compartimenté dans le songe, – poste d’observation qui se balance, sans rencontrer d’obstacles, parmi les multiples voies de-la-mort et de-la-naissance qui s’entrecroisent. Et c’est là Khora, en tant que supplément de l’au-delà ajouté à la Cosmopolis; Fugue – écriture de la lumière sépulcrale; chemin sans retour; Luciole – flamme d’un vert froid, se posant sur la  Terre bouillonnante pour préparer la transfiguration de celle-ci; design astral corrigé, remontant à un temps “suspendu” entre le Ciel et la Terre; “vie à l’écart, étrangement exhibée”** (H. Broch).

En effet, la Terre-Lune, le seul pendant du globe de l’universel, est effectivement étincelante à cause des fuites imperceptibles des génies lyriques qui l’abandonnaient, – ses soutiens souterrains ayant la forme de filtres, ou bien étant distillés au moyen d’un entonnoir. Pas en arrière astronomique en elle-même.*

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Esprit de la flècheApollon, “dieu-gardien des signes votifs” (H. Broch), destitua le Portier, souverain despotique des âmes des morts – Hermès, parce que celui-ci étranglait l’élite vieux-éonique – ce qui leur aurait valu, à eux tous, la seconde mort si, au moment opportun, Apollon n’avait pas transpercé, par sa flèche (plume de la décision altérée du Ciel nocturne) la Couronne boréale (Château d’Arianrod), où celle-ci était emprisonnée! Or, un nouvel Esprit animant ces fuites, c’était la Biche, qui, solitaire et chaste, rompit le cercle de la grande fraternité (alliance des poètes morts qui écrivaient dans le ciel) et se présenta, la première, sur le seuil de l’Espoir: chants éoniques des végétaux printaniers, rendus par la gueule d’Anubis.

La Flèche d’Apollon (de Néith) est, au fond, une rame du Soleil (de Râ): dépassement des connaissances relatives à la succession des marches qui mènent à la Sphère des Solennités; (c’est-à-dire: révision de la Beauté suprême sous son aspect rotatif, avec, en plus, l’éclairage d’un Espace supplémentaire (pour la première question que l’esprit de la Créatrice se fût posée sur elle-même). Cependant, c’est à la fois une petite porte pour la fuite-sans-retour de l’esprit timide de la Biche qui – au lieu de profiter de la première occasion qu’elle eût de se murer dans un étroit cercle votif, occasion qu’elle rejeta – introduisit, par cette même porte tous les esprits bannis, dont surtout ceux d’une zone indéterminée de promenade crépusculaire. Mais, elle ne put le faire qu’au moyen d’un ressort singulier, bruyamment projeté de la gueule d’Anubis et qui brisa le sceau des signes votifs, (attache de la porte des Cieux). C’est ainsi qu’Anubis, guérisseur des fêlures de l’âme, eut le mérite d’avoir fait franchir l’Abîme à la Lointaine (Première singularité).

La figure de la Dame-au-bond est désormais représentée avec toujours plus de minutie, mais son œil visionnaire (Fille du Soleil de minuit) ne se trouve que dans un seul des détails qui l’évoquent: elle est tantôt un lynx furieux, tantôt une biche timide – la Lointaine qui, (en emportant avec elle le pouvoir végétal de germination), se réfugie dans le Désert pour fuir le genre humain. C’est seulement grâce à son retour, à la tête d’un Cortège inconnu au monde ancien, que l’Aube de l’au-delà fut fixée dans l’esprit préhistorique; poète se tenant à la sortie du monde souterrain; lieu où se donnent finalement la main l’Animus et l’Anima, où le Chat et la Biche s’unissent dans l’Utopie, – car les textes des lois, opposées les unes aux autres (dés de gain et ceux de perte stellaires) sont définitivement échangés entre Mnémosyne et Léthé. Et ce n’est que là l’Alliance à lumière vacillante, devant la menace de désastre, ou bien, le confluent de tous les cours d’eau souterrains dans une île lointaine.

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Kronos, devenu la pierre qui, projetée et se précipitant des hauteurs, ramène le temps de flottement du premier monde créé (cf. premier système social établi) à l’état d’irrésolution. En effet, la Panique fige le Temps, c’est-à-dire fait disparaître peu à peu le Souvenir des lieux de stabilité itinérante dans la sphère de l’Incommensurable – île des rebelles bienheureux! Cela barre la voie à la flèche vers l’irréversibilité et ouvre une articulation à l’intérieur de sa queue qui la renvoie dans ce qui était refoulé (omis dans les époques archiarchaïques) et qui tend à renverser le cours du temps, afin que celui-ci (au lieu de continuer sa marche triomphale dans le sens unique) soit contraint de restituer le faisceau de mondes simultanés: rejetons des collisions des époques, détour de la volonté maternelle – celle-ci renonçant au règne tyrannique sur le monde primitif pour assumer la protection des pétales éparpillées qui émettent la lumière de leur propre substance.

Orphée et Mnémosyne: premier couple doué de créativités opposées qui se fût cristallisé dans l’abîme de décisions à prendre dans la nuit des temps et qui, s’étant arraché du joug de l’Unique universel, fut remplacé par ceux qui, alliés, restauraient la Tyrannie – mal de l’étape d’avant le commencement de la Création, celui d’égalisation totale – Chronos et Léthé.

Le cercle restreint de signes, bordé de la dentelle de souffles hétérogènes des nouveaux arrivants, au lieu de projeter le bout de son fil qui lui permettrait la sortie vers les Étendues d’Apollon, il l’absorbe et s’empêtre dans un nœud papillon obscur s’engouffrant dans la lumière, sous lequel un ancien éon a de la peine à respirer.

Or, c’est précisément là la clé d’Hermès; celle sous laquelle il garde jalousement le germe du retournement le plus profond <3>: âme conçue comme atome, ou comme principe d’irréductibilité de toute individualité, aperçue par l’œil de chat dès avant le commencement.

En effet, Hermès, gardien de la clé, tenait le registre primaire des rapports réciproques entre toutes les âmes individuelles, établi dans la prunelle précognitive de chat (dans la chambre oculaire noire de l’œuf universel du Soleil d’or – là où eut lieu la bouleversante alternative; et cela bien avant leur adoration folle de la Siamoise, Ombre de la Mère, étoile écarlate annonçant un monde (âge uni et unique, illusoirement triomphant). Mais, c’était plutôt la conclusion d’une note sur l’arrangement final, relatif aux rapports préalablement agencés entre deux âmes, qu’une image variable de l’ensemble des rapports qui se trouvaient dans un remous de corrections réciproques (cf. flèches spectrales d’Apollon), et qui aurait pu être plutôt un résumé de solutions de ce qui n’était pas éclairci au sein d’eux-mêmes, – la vérité de l’envers. Toutfois, le défaut principal de cette note primaire consistait dans le fait que, par une erreur de l’esprit divin, y furent inclus aussi de purs non-êtres (taches solaires inactivées, et cela en paires, intégrées longtemps auparavant dans le plan de la création! Il s’agissait donc de ces demi-connaissances dont, mailheureusement, Hermès était le possesseur.

Clotho – fille de l’Araignée ou du sosie d’Ananké, celle qui file et pelotonne en rythme le matériel reçu des étoiles, en convoitant les connaissances d’Hermès, susceptibles de lui servir à faire garder le Trône à sa méchante Mère.

C’est par l’entrelacement en nœud des points de la constellation supposée de tous les souffles individualisés que le discours muet de la Mère sur elle-même est étouffé; il est remis à un avenir postapocalyptique: région de paix lumineuse, sous le règne de Léthé.

Dès avant le commencement, il y avait eu une observation de Mnémosyne sur ce qui aurait pu être immédiatement fait, quoiqu’il n’en fût rien: image, toujours inchangée, de toutes les créatures, y compris les nœuds dramatiques qui devaient marquer leurs futures transformations, d’où le souffle de la conscience que la coordinatrice (Ananké, Uranie, Harmonie) avait d’elle-même, se dépétrait avec peine. Mais elle cacha aussitôt cette image en elle-même et, en la serrant avec l’aide de Léthé, sa sœur jumelle, elle la maintint dans l’immobilité, pour ne pas entraver les options libres des autres! C’est ainsi que la Mémoire fut remplacée par l’Ombre: vœu de silence, fait en des temps très anciens.

Les options que faisaient les âmes discernées dans les temps archianciens se déroulaient dans une chambre noire, sans aucun témoin – afin qu’elles puissent être vraiment libres! Or, les options de certains âmes étaient supposées différentes de l’image primitive, apparue dans le songe de Mnémosyne: la plupart de celles-ci volaient l’énergie de la lumière sombre ou recouvraient les nœuds dramatiques, c’est-à-dire effaçaient leurs signatures, ce qui les exposaient au risque d’empêcher ainsi le dénoûment: la transfiguration d’Uranie. Cependant, la procédure à suivre étant secrète par elle-même, on ne savait pas au juste quelles âmes l’avait observée et lesquelles non.

Qui fut le premier à violer le vœu de silence et à dévoiler les suites défavorables de toutes ces option du mal, faites en secret (versatilité des demi-êtres)? – Hora-Lachésis (cf. Astrée) qui, dans son propre œil, avait fixé la substance maternelle d’un demi-instant – en la rendant de nouveau visible au monde – graçe à ses paupières-rideaux qui s’épanouissaient à l’instar de la clochette dans la couronne polaire.

Voilà pourquoi Lachésis fut exclue de la suprême hiérarchie céleste (royaume des souffles semblables aux oiseaux de feu, restes de la robe lumineuse de la Mère) et envoyée sur la Terre, où demeuraient tous ceux qui, tout en ayant été conçus d’en haut, s’inclinaient devant l’Ombre. C’est ainsi que sa nouvelle tâche – terrestre – fut celle de dénouer (en les dotant d’une nouvelle visibilité) tous les nœuds qui se dressaient, comme des aspirateurs chtoniens, sur la voie de propagation de la lumière archiancienne, émise par la Mère, celle-ci s’étant dejà réfugiée, en tant que luciole du lyrisme universel, au fond des choses inconscientes.

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L’auréole d’étoiles entourant le vide béant du Nord était autrefois le Château de Corail (Trône de la Siamoise): mauvaise sélection d’âmes clouée au moyen d’un ancre à trois dents. En effet, c’est par celle-ci que fut contrefait le sceau des génies le plus strictement sélectionnés, réunis autour du feu souterrain, qui ne devint la couronne du pôle nord qu’à la suite d’une éruption! Car, seulement après que le cercle de l’élite la plus restreinte fut percé par la pointe de ce corail, – qui correspondait au sommet glacial des pôles de la Terre, spontanément interchangeables – la tonalité de son chant mélancolique devint plus nuancée! C’est que la forme d’une souffrance universelle était partagée entre les Sirènes (Moïres) elle-mêmes, – figée dans le golfe de retentissement de leur chant lointain.

Les freins de maintes étoiles aux chants mélancoliques, irréversiblement enlacés – peloton de lettres mortes dans la loi d’un ciel nouveau – furent formés lors d’une confrontation orageuse du premier être avec lui-même! Donc, pendant l’étape précédant l’établissement des limites de celui-ci à l’égard de celles-là, c’est-à-dire limites qui ne devaient être tracées que pour permettre à ce premier être de se rendre compte de son propre envers obscurci! Or, avant que cela fût arrivé, celui-ci, tout comme l’œil de l’oiselle, devait séjourner dans ses propres bulles de lumière, – sphère de ses propres souffles.

Toute la souffrance d’ici-bas avait été éprouvée d’avance dans l’au-delà – comme un regard de l’oiselle morte, fixé sur un essaim d’étoiles qui, en tourbillonnant dans l’impasse de sa tête, se condensa au point de former un météore de changements douloureux au sein d’Elle-même. Cependant, afin qu’un cercle étroit d’esprits en état d’assumer cette souffrance – sans en avoir été atteint – pût s’élargir ainsi, il était indispensable qu’il éclatât, comme une bulle de lumière réunissant ces essaims, pour pouvoir tracer, par sa lueur déclinante, les confins du ciel nocturne; et que, en même temps – en rassemblant les vestiges de ce message, transmis en un demi-instant et disparu longtemps auparavant – ce cercle pût le renouveler et le faire proliférer, en lui permettant de germer, de pousser (plante grimpante) en vue de former un escalier pour le passage par la Porte de l’impossible /Nuage de fumée géant/.

Les Lemours – cortège des souffles sortis du cœur-cratère de la Mère, et destinés à remédier à la brusque disparition de celle-ci; ils étaient des piliers souterrains, implantés par la flamme et soutenant la Cosmopolis /“île des bienheureux” dans l’Atlantique/, –  le tout , jusqu’au moment où par l’éruption d’un volcan dans cette île, ils furent projetés sur un plateau boréal en forme de cône tronqué: c’est ainsi qu’ils devinrent des Hyperboréens.

Les Moïres – êtres extra-terrestres, originaires du ciel d’au-dessus de la Lune – êtres, sous condition, inférieurs à l’homme, du seul fait qu’ils n’étaient que des parties du corps lumineux d’Ananké, abandonné, longtemps auparavant, par l’esprit de celle-ci. Elles gardaient et transmettaient les éléments essentiels des connaissances extrêmement étendues qui ne pouvaient germer ni prendre une forme concrète que dans l’homme. Or, le pont reliant les Moïres aux humains était assuré par les Lémours, spectres squelettiques diaphanes, oasis disséminées du globe de la sphère transpercée en croix et dominée par la conscience qu’Ananké avait d’elle-même.

Mais ce n’est que dans ce seul sens que les Lémours étaient au-dessus des lois établies sur la Terre qui – comme témoignage des espaces les plus éloignés ou ceux d’un temps futur lointain faisant irruption dans celui du présent – opposaient une résistance souterraine contre les efforts de les figer; ainsi que contre ceux qui tendaient à les orienter vers un seul but restreint, arbitrairement choisi ou, plus précisément, à les lier à une personne qui, s’étant imposée comme chef, orientait les aspirations collectives, l’essence de la manifestation de celles-ci étant insuffisamment interprétée. C’est ainsi que c’étaient seulement eux qui permettaient à la force de la loi, rayonnant du centre de l’épave céleste, de passer, sans rencontrer d’obstacle, vers le plan de renouvellement de son noyau à tonalité raffinée: vers le sujet des lamentations exhalées par la justice.

***

L’espérance que les masses mettaient dans l’Ombre de la Mère suscita en elles l’esprit de flagornerie et entraîna la désintégration de la communauté primitive (Harmonie, vue par l’œil de chat, – la seule qui pût délivrer l’esprit envahi par la Panique). Or, cette Ombre multiple était, à la vérité, un reflet de la Source Nocturne tarie, destination qui se dégradait, atteinte grâce aux coups de dés, – trace personnelle de la Mère, qui s’effrittait chaque fois que le regard déclinant de celle-ci s’y posait. L’Ombre était également le lieu de quasi-absolutation et, à la fois, celui de réduction des options immémoriales faites par leurs âmes, processus qui, se déroulant entre le ciel et la terre, n’avait pas encore été achevé. En effet, c’est seulement chez quelques-unes des âmes que la décision pour soi d’un demi-instant équivalait à celle de caractère à la fois causal et final, la seule susceptible d’être qualifiée, à bon droit, d’originaire, dérivant de l’esprit de totalisation.

Ce n’est que lorsque Ananké remarqua pour la seconde fois la différence, dans son propre esprit, entre elle-même et celui de son Sosie – reflet, dans le miroir, du néant définitif, auquel elle reprit son propre espace le plus intime, – la foudre de son regard fit résonner, dans l’anti-espace, sa décision initiale, gardée dans le miroir et elle prit une décision altérée! Ce n’est que là qu’elle se gracia elle-même ou, plutôt, se rendit compte de la différence entre elle-même et le néant; ce n’est que là qu’elle se transforma en arc-en-ciel dominant l’île, – sa dernière raison d’être: sa fille Lachésis.

La raison de la Panique – selon la masse rejetée: critère qui la désignait comme superflue, abandonnée à toutes sortes de vicissitudes et quelques-uns, par contre, comme élus (protégés par le destin) ce critère est, de toute façon, celui de prestige, non pas de constance, alors que seul le pouvoir de survie dans le vacuum ou de persévérance dans l’attente du Jugement est le critère d’immortalité d’un être.

Le problème résidait dans le fait que le Trône (siège de l’omniscience, prunelle du chat) était trop étroit pour tenir toutes les créatures. Cependant, si l’on publiait la topographie des dimensions individuelles du mal dans les humains – délit qui ne devait être commis que par Lachésis – alors on établirait précisément ceci: si tous les êtres étaient débarrassés du fardeau imposé (déchets d’idées – non-êtres à demi incarnés), il y aurait de la place pour tous! Et c’était là un infini légalisé: bigarrure de mondes parallèles tournoyant dans l’œil du chat.

Mais tout cela ne favorisait pas les poltrons avides de s’introduire dans l’étroit cercle de signes  (l’élite ancienne qui n’avait pas encore reçu le rapport topographique sur le mal camouflé de certains potentats célestes, contraints de descendre sur la terre); ils étaient conduits par le Titan Kronos, issu lui-même de la masse, bien qu’il gardât ses distances à l’égard de celle-ci. Malgré le fait que la raison d’être la plus profonde de la masse fût inscrite en relief par la lave des volcans éteints. Or, précisément à cause de sa propre constitution de pure suie, due à l’éclipse du Soleil,

Kronos arborait une fausse solidarité avec la masse; c’est-à-dire, il montrait du doigt Astrée (Lachésis), la dénonçant comme coupable principal de ce que les Titans furent repoussés de la Couronne du Nord.

 

“Alors que les hôtes occasionnels, dans cette petite vallée,

contre la vitre rousse, aperçoivent à présent,

des formes géantes qui, en râlant,

chantonnent un air dénué d’harmonie,

tandis que, dans le cours d’eau fantomatique,

sur une lourde porte fond

 une affreuse populace éternellement au bond.”

                               (Edgar Poe: “Les châteaux maudits”)

 

Après avoir jeté un coup d’œil d’un demi-instant sur la carte du mal, Astrée put voir qu’un bon nombre de ceux qui faisaient partie de l’élite de l’ancien monde présentaient des taches dansla substance de leurs âmes et qu’ils s’étaient simplement emparé des signes d’autrui, c’est-à-dire, qu’ils avaient banni le corps des temps anciens qui les avaient établis, la première élite de souffles qui avait éclairé le ciel et qui, depuis, frissonnait, rassemblée autour de l’étoile du Nord, dans l’environnement de laquelle s’était installée Astrée aussi, recouverte de givre.

 Cependant, bien que dans l’élite vieux-éonique il y eût des intrus malveillants, elle avait gardé, quand même, un niveau de fermeté nécessaire, en prévision des cas de dépassement d’elle-même; plus précisément, elle avait longtemps dirigé l’humanité d’une manière correcte, en déterminant la proportion du mal dans celle-ci et en assumant la majeure partie de cette lourde tâche qui, après la découverte de la carte du mal, retomba de nouveau sur la masse qui n’avait plus de chef et qui, au lieu de détester l’Ombre qui la mystifiait, commença à haïr Astrée qui avait dénoncé celle-ci.

Or, à la suite de cet événement bouleversant, Astrée, propagatrice des lumières dans un monde magiquement technicisé, cessa de croire en la possibilité d’amélioration de l’humanité, ce qui semblait réalisable dans la perspective de l’ancienne élite éonique; au fond, cette amélioration ne pouvait donner des resultats que dans la partie moins nombreuse de la population, mais non pas moins précieuse (perles dispersées dans les masses); alors que la solution pour le mal selon la masse non sélectionée ne résidait que dans le changement à effectuer au sein de l’élite régnante, c’est-à-dire dans le changement du critère définissant le caractère lui-même de l’élite.

“En réalité, l’automatisation croissante et la peur sont étroitement liées /…/

L’individu n’est plus considéré dans la société comme un arbre dans la forêt; il ressemble plutôt à un voyageur transporté par un véhicule rapide que l’on pourrait appeler “Titanique”, mais aussi “Léviathan”. Tant qu’il fait beau temps et que l’horizon est agréable, il s’apercevra à peine de l’état de liberté limitée auquel il a été réduit. Tout au contraire, il est envahi par l’optimisme, par le sentiment de puissance, dû à la vitesse. Cela change à partir du moment où émergent les îles qui vomissent le feu et les montagnes de glace. C’est alors que non sulement la technique assurant le confort envahit  d’autres domaines, mais on s’aperçoit en même temps du manque de liberté, soit dans le triomphe des fléaux de la nature, soit dans le fait que les individus restés forts s’emparent du pouvoir absolu de commander”.

(Ernest Jünger: “Traité du rebelle”)

La première élite ( la plus restreinte) – cercle des morts élus, réunis autour de l’Étoile du Nord – auront été composée précisément des rebelles, au sujet desquels il avait été établi, en un demi-instant, avant la destruction automatique du contenu de la Boîte Noire, qu’ils ne renfermaient pas les points de mal. Mais, cette élite ne devait pas englober ceux qui étaient rassemblés autour du trône terrestre dont les archives ténébreuses étaient réduites en cendre et dissipées longtemps auparavant.

Or, cette élite initiale, quoique dénuée de racines terrestres, entrerait à nouveau en possession du noyau des connaissances initiatiques (Sphère des Solennités), en tant que mémoire tissée de matériaux neufs, mais, à la différence de la classe détenant le pouvoir sur la Terre, elle ne s’y implanterait pas: elle circulerait jusqu’à la périphérie pour revenir ensuite sur ses pas, si bien qu’elle entraînerait derrière elle tous ceux aussi qui, chemin faisant, auraient été purifiés. C’est ainsi que serait instituée une nouvelle élite, restructurée – vivants élus, rassemblés autour de l’Étoile phosphorescente – groupe de nouveaux auréolés terrestres, constituée de vieux matériaux qui, disposant d’informations précises sur le mal humain géopathogène, délivrerait les larges couches sociales de la panique, – de l’horreur ressentie par le monde d’au-dessous de la lune, pour l’amener à adopter une logique de survivance essentiellement différente de celle que leur proposait l’autocrate Kronos, un des Titans. En effet, c’est par Astrée, descendue sur la Terre, que fut incitée, dans la nouvelle humanité, l’aptitude à assumer, avec une endurance inconnue, la beauté de l’insaisissable, jusque-là détestée dans les masses – spectacle de rêverie de l’Étoile polaire; possibilité pour les habitants de la Terre, de contempler le transport de charbons ardents du feu de la première étoile allumée – réalisé au moyen d’un écran blanc tournant, meule de moulin s’élevant des profondeurs – jusqu’au voisinage scintillant comme un miroir. Ce n’est que grâce au refroidissement général, que le fluide d’un esprit rebelle par son essence peutêtre vitrifié.

(Saint-John Perse: “Exils”)

Hypérion – Loup des steppes aux yeux phosphorescents qui conduit le corège d’observateurs néoéoniques, établis dans la lune, dont le nombre est d’ores et déjà complet). Et c’est lui le dernier souffle de la sphère restreinte du Nord, attache en argent de celle-ci et le premier souffle qui, en toute liberté, plane au-dessus de l’auréole enchanteresse de l’Étoile phosphorescente. En effet, conçu d’en haut, mais Titan de naissance, il fit atterrir un fil de lumière provenant des sphères les plus lointaines au chant muet, si bien qu’il fut le premier à graver dans la conscience des mortels l’Aube de l’au-delà (Thée la Dorée).

Thée – Sirène se lamentant dans un paysage désolé ne redevint un être humain (tout comme Astrée) que grâce au fait qu’elle avait été reconnue par Hypérion. En effet, son être n’avait jamais figuré parmi les proscrits, pour la bonne raison qu’elle était, elle-même, le résultat de l’infusion de l’être lumineux de sa mère dans sa propre substance qui allait se consumant.

La cause de la substitution de l’identité de Thée (Astrée): ce n’est que dans un seul détail de la pèlerine tourbillonnante de la Mère que figure le sceau de sa fille, son héritière légitime, alors que dans tous les autres détails est empreint celui du mauvais esprit de sa sœur multipliable, Siamoise à trois têtes qui a donné naissance aux nombreuses autres sœurs, tout à fait étrangères, engendrées par le choc de l’Ombre maternelle, le prétentieux Sosie, contre un récif lointain au chant lugubre, si bien qu’elles deviennent, toutes ensemble, des média d’une puissance ennemie, acharnée contre la première fille astéroïde.

La vision maternelle initiale de la plus grande portée, celle de l’oiselle de feu, est noyée dans le marécage de ses trop nombreuses significations, en produisant en même temps un puissant instinct de la mort. Cependant, sous la force de la pression, celui-ci se désagrège pour se transformer aussitôt en jet d’eau: source jaillissante où, depuis longtemps s’abreuve la fille excommuniée du monde pour avoir approuvé la vision déchue de sa mère.

Kronos déteste la fille, promotrice d’une nouvelle vision, du fait qu’il la confond avec sa mère qui l’avait abandonné pour toujours, de même que les autres Titans. Hermès est le seul à savoir que la Mère s’est transformée en sa propre fille, mais il garde du silence là-dessus, dans le but de s’emparer lui-même de son trône logoïde, lieu d’interprétation du monde, ce qui lui permettrait de fermer l’horizon, d’où vient une foudroyante nouveauté planétaire; il y est poussé non tellement par sa prétention à la toute-puissance que par sa crainte de perdre le terrain du haut plateau terrestre, plus précisément, par la crainte que lui inculquait Kronos déjà moribond, qui niait la rondeur de la Terre, car il aspirait à se précipiter en arrière, dans Sa profondeur volcanique s’incandescence du balancier temporairement assoupi.

“Le balancier est l’incarnation du temps mort, mesurable. C’est la faucille tranchante de Kronos, oscillant à son bout et menaçant celui qui est dans les fers, mais qui peut, en même temps, le délivre, s’il sait s’en servir.”

(Ernest Jünger: “Le traité du rebelle”)

Deux points extrêmes du balancier: les Lémours, pas plus que les Titans, ne désirent pas laisser apparaître Astrée au seuil de la nouvelle Création ni lui permettre de respirer le courant de l’atmosphère terrestre filtrée; mais les Lémours s’opposent à sa descente sur la Terre, alors que les Titans sont pour son renversement du haut de la Plate-forme Céleste en vue de son intégration totale dans le genre humain.

Ayant été rejetée par le genre humain, Astrée fut finalement déplacée, grâce à la force de la Lune croissante, dans le royaume interplanétaire des loups cléments qui observaient, du haut de la Lune, tous les sinistres de la Terre; en effet, elle se réveilla de nouveau, entourée de ceux-ci et s’y assimila. Ce n’est que par ce fait que fut nettement tracée la ligne entre elle et le genre humain où, dans une minorité terrestre sélectionnée, l’impératif de dépassement de l’espèce humaine était suivi sur l’ordre donné précisément par elle. Parallèlement à cela: la Petite Sirène, résignée à l’endroit des humains terrestres, dont la langue de communication ne correspondait nullement à la sienne, devint une Fée aérienne. Mais, un jour elle devait regagner la Terre – car seule une humanité transfigurée peut faire le don d’immortalité à l’âme.

Cependant, ces loups cléments, tout en assurant des communications entre la Terre et la Lune, en assuraient aussi entre la Lune et l’Étoile du Nord. D’où une circulation double au dedans du cercle des bannis rassemblés: tant autour du Nord qu’autour de leurs propres axes, grâce à  quoi leur attache commune (Château Arianrod*/R. Graves) se transforma en toupie de nouvelles unités de fils (Château tournant)**. En même temps, ils multiplièrent, tous ensemble, les vibrations autour de la Couronne, en produisant dans celle-ci le Vent qui les emporta en haut, vers la Porte céleste fuyante.

La Couronne du Nord garde en elle-même l’essence de tout le mal réprimé à la racine, – précisément celle qui favorise le développement de la conscience que la Mère prend d’elle-même, dont surtout celle qui concerne la transfiguration du Trône et qui, comme gage de son extension sur le vide environnant, se réfère tantôt à Hypérion, tantôt à Thée – sans éclairer la Salle pour leur rencontre intérieure tenant de la chimère.

Les points ténébreux, en tant que sources de la lumière de l’Au-delà (cf. taches sur la face du Soleil comme sources de la lumière polaire) faisaient par eux-mêmes un ensemble de ceux qui étaient le plus strictement sélectionnés, mais dont les qualités étaient discrètement escamoteés! Cependant, sur la base d’une lecture interprétative incorrecte de cet ensemble (dans un milieu assez élargi des esprits)<4> furent constatées la soi-disant la présence d’un certain mal substantiel, donc pathogène, et son implantation dans les autres. C’est précisément cet événement terrifiant qui déclencha les convulsions des êtres immémoriaux ou la fusion de ces points ténébreux fractionnés, gardés jusqu’alors dans la prunelle du Soleil, pour former une matière commune à tous les êtres d’avant la création: suie incorporée à une motte d’argile luminiscente.

Ce n’est que dans l’optique de l’Au-delà que l’Œil appelé des profondeurs peut cicatriser la coupure dans le tissu d’un monde qui est le modèle de prise inattendue de la conscience de soi  apparaissant dans le premier être créateur: pouvoir de tout voir dans l’obscurité – vue du chat aux yeux verts. C’est à la fois, pour un sujet terrestre, l’issue débouchant dans la perspective d’un observateur neutre et c’est celui-ci qui remplit ce sujet d’un contenu concret, c’est-à-dire, c’est en s’identifiant à cet observateur que ce sujet choisit le lieu et le moment d’introspection grâce au flux vert de fils cicatrisants. Il s’agit du secours qu’il se porte à lui-même, à travers le prisme d’une identification à autrui des plus extrêmes: point d’intersection planant au-dessus de l’abîme: île d’Atlantide.

La Couronne Atlantique (Crétoise) – île des esprits le plus strictement sélectionnés, portant  l’empreinte du sceau des Pléïades – ne doit nullement aspirer à s’entourer d’une clôture. Parce que c’est précisément par les fissures secrètes de celle-ci que passe le souffle de la conscience que la Créatrice, voûtant l’île de son corps étoilé, a prise d’elle-même. Et justement du fait que la lumière de l’île (“éclat des milliers d’âmes pures”*) est, du point de vue du monde environnant, obscurité, lieu d’une totale illisibilité, elle est abordée, à pas de loup, pendant “l’aération nocturne”* de ses propres esprits, par le mauvais esprit d’autocratie, – l’Ombre de la Mère. Celle-ci fait irrupiton dans l’île grâce au flux des rayons de sa vue partiale, en y causant l’incendie, éclaté à la suite de l’ouverture du dépôt insulaire, dépôt qui est utile à l’interprétation de la génèse de l’humanité! Et qui est à la fois le coffre recelant les risques d’immodération et de sacrifice que l’on fait avec une fougue frénétique!* (R. Graves). Risques rejetés dès le début. Or, c’est ainsi que les rayons de ce regard intempestif se trouvèrent repoussés, du fait qu’ils avaient été transfigurés par le séjour dans le dépôt, c’est-à-dire réorientés et incités à défaire cette texture implacable qui les entravait dès l’origine. C’était donc le regard vers l’avenir d’une oiselle qui ne se voyait pas encore, elle-même, si bien qu’elle retourna précipitamment vers son propre passé où, dans son creux cratériforme, elle voyait tout et devint consciente d’elle-même. Et ce n’est qu’avec l’extinction de la dernière étincelle de ce regard qui avait établi sur la Terre le premier système équitable que les flux posthumes, continuant à couler de ses orbites, trouvèrent un espace propice à l’écoulement de leur propre excédent /Khora, Fugue/. Ces mêmes flux qui s’éteignaient dans l’océan dont la surface avait favorablement accueilli un glacier détaché du pôle nord, plus précisément, la pointe flamboyante des souffrances planétaires qui s’approfondissaient avec les progrès de la conscience que la Terre prenait d’elle-même.

“Oiseau tranquille au vol inverse,

qui nidifies en l’air…

Ni à cause du soleil ni à cause de la terre,

Mais pour le feu oblong dont l’intensité s’augmente

Au point qu’il deviendra un jour l’unique lumière”,

                                                (Apollinaire: “Le Cortège”)

 

Œil de Horus – Comme une bulle d’innovation qui gît au trésor des antiquités, il est percé par une dent de la triple couronne et posé dans l’enfoncement entre ses deux cornes: endroit entre deux moïres, celles-ci observant en alternance le cheminement d’extension de l’écume bouillonnante, échappée à la force de la gravitation: cheminement du dragon le guérisseur qui ramasse le trésor répandu, finalement jailli du monde souterrain.

En effet, ce n’est que par les cornes ramifiées de la couronne lumineuse de la Lune que fut contrecarée le mauvais sort de l’ancre à trois dents qui entravait l’accroissement des réserves souterraines aux racines plongées dans l’eau. Car, ce sont précisément ces réserves qui par leurs flux alternatifs haussaient leur opposition primordiale.

Deux individualités, séparées par l’abîme de l’infini dont, à l’origine, la rencontre était impossible, sont emmurées dans les tours de suppositions au sujet de leurs propres existences. Et toutes deux cherchent à atteindre, à l’aveuglette, l’espace de virtualités de l’autre, comme une boîte hermétiquement fermée. Or, c’est justement ce que l’œil d’un observateur muet capte comme réalité absolue, comme confirmation du potentiel de création de la première Idée spontanément émergée du néant.

L’observation, propre à l’oiseau, de cette intersection – mais non pas, en même temps, celle des sujets de cette intersection – étaint une forme camouflée de préétablissement d’un avenir introduisant le vide et la lumière dans un passé encombré, dont la lueur s’engouffrait. Donc, matérialisation souterraine de la synopse de la Mère <5>, cachée dans son tréfonds et qui, en partant de son micro-niveau sédimentaire, essayait à détourner le farouche macro-cours prévu des choses. Donc, révision de la succession des esprits/des choses dans le trésor où l’on ne tenait pas compte des demi-degrés, ceux-ci ne datant que d’une époque postérieure à la première ouverture, forcée, de celui-ci, coïncidant avec la maturation pathogène de son contenu.

C’est précisément  à la suite de l’ouverture forcée du trésor, – lors de la tentative d’interpréter la constellation des êtres primaires, promoteurs des ébauches d’idées croisées – qu’une erreur fut commise: ces êtres furent remplacés par les synopsis de leurs propres idées! Et c’est ainsi que la classe suprême des esprits (dispersés) – dont les génies étaient entrés les premiers dans la section d’or – n’était pas encore déchiffrée que sa place fut usurpée par les rapaces. Elle fut complètement oubliée dans la hiérarchie des valeurs terrestres et célestes, alors que sa couronne, angle d’empiètement sur l’infini, faisceau de séparations libres, passa aux mains de l’Intrus.

 Cependant, dès que l’Intrus (Hermès) eut réussi – en vue de raffermir sa position – à sceller dans la Couronne le Nombre débordant de la masse du bas peuple, celui-ci s’émietta dans l’Innombrable; afin de pouvoir ainsi – comme impétueusement éparpillé – se resserrer à nouveau en une motte de points de sa chaîne d’égalisation généralisée, la substance de celle-ci étant impossible à rompre! Et c’étaient là les points qui reconstituaient/représentaient d’une manière déformée et négative le noyau de leur prestige primordial – classe perdue de ceux qui avaient été strictement sélectionnés.

“Avec un bruit léger l’éventail se déployait,

En révélant la vengeance des étoiles,

Mais dans mes yeux dirigés vers le ciel boréal

Pour moi, froid – une nouvelle qui flambait.”

                       (Alexandre Blok: “Joie inespérée”)

 

Rester debout à l’endroit où les puissances opposées forment un tourbillon, ou bien, séjourner sous un toit tissé de souffles des plus variés, – c’est effectivement ce qui appartient aux deux jumeaux dont la rencontre était originairement impossible: espace ayant ses racines dans l’eau souterraine et, précisément pour cette raison, jaillissant spontanément en haut – trésor inépuisable – d’où les connaissances acquises et les événements qui faisant ne s’étendent pas sur le monde environnant, pour la bonne raison qu’ils sont consacrés à l’Au-delà, à l’attente d’une nouvelle aube supplémentaire, s’amplifiant au cœur même de minuit. Et dans ce quadrilatère, eux deux et leurs ombres connaissent, d’une manière altérée, l’ancien printemps terrestre: comme puissance de floraison sous la lumière crépusculaire, privée finalement de la fureur engloutissante de rayer ses phases antérieures! Là, la différence entre les directions de feuillaison principales/verticales et secondaires/horizontales se réduit de plus en plus: brassage produisant l’éther bleuâtre qui joint peu à peu le terrestre au céleste, le végétal au stellaire.

Donc, une mort certaine pendant la durée de la vie: renoncement mélancolique à la course quasi passionnante des créatures terrestres, ou bien précipitation de l’étoile fixe, la plus  fascinante, dans l’abîme de sa propre prunelle où la mort commence seulement à avoir des ailes en vue de l’ascension spectrale du mortel abandonnant le globe terrestre, ainsi qu’en vue d’un retour possible (triomphal) de celui-ci: une verticale nouvelle/fléchie de la conscience observatrice ancienne, plantée maintenant au milieu d’une abondance beaucoup plus grande! En effet, cette mort n’est que l’infusion d’une individualité dans son sosie éthérique qui ne reflète par lui-même que la formation de l’être pur, non pas, à la fois, une tache, celle de la fureur de représenter le non-être survivant à tout!

Le transpercement de l’enveloppe d’épines entourant la rose de l’omniscience de minuit (et celui de la queue de l’oiselle de feu, de la monade spectrale, du livre des vivants), ainsi que le prompt épanouissement des pétales de cette rose contenant l’écriture de la lumière – le tout en vue de réactiver les points ténébreux des âmes humaines qui y sont inscrites – aboutissent à l’apparition de la troisième dimension au sein de sa représentation de face. En effet, c’est l’image d’une succession par bonds secrète de tous les êtres/de toutes les choses, ce qui sous-entend quand même une image sous-jacente (“éventail des vengeances stellaires”), qui est au-delà de tout ordre, ayant surgi du monde souterrain. Celle-ci comprend les Pléïades, fondatrices extraterrestres de l’Atlantide, pluie de feu ruisselant de la porte de minuit ou dénouement du faisceau de rayonnements aux qualités réciproquement incomparables. Mais, elles furent recouvertes, chacune séparément – en tant que gemmes irréductibles – de flots du la fureur d’agrandissement (<4-b>) – précisément de ceux qui s’élevaient des taches de certaines âmes, marquées dans le livre (points, à la fois, de souffrances de l’âme universelle se sacrifiant spontanément).

Par conséquent: toute capitulation mélancolique d’une individualité devant son Sosie asymétrique et naviguant dans l’éther est un acte d’éclaircissement, érosif, de la vérité sur la génèse, tant sur sa propre génèse que sur celle de l’humanité. Et les gouttes de cette eau gravent avec le temps, le relief du Château de l’Aube: lieu sacré où tout être/objet, si miniscule qu’ils soit, acquiert l’originalité de la conscience de soi prismatiquement distribuée.

***

Pendant que Lachésis – comme Janus à deux faces, regardant vers le passé et vers l’avenir – commence le récit historique, Athrope-foudre de Jupiter, qui se propose de résoudre le dilemme de l’étape d’avant le commencement, – en fixe la fin. Mais, au cas où Jupiter y serait conjugué avec Saturne, ce récit ne resterait pas dénué de sa suite terrestre! Et cela pour la bonne raison qu’on lui tranche la Tête Siamoise, à l’époque postérieure à la catastrophe de la Terre, d’où jaillissent alors les flots de formation de Pégase, qui se hâte d’atteindre la Porte du Royaume situé du côté de l’Ouest! C’est pourquoi Lachésis se présente, pour la première fois, seule – ayant été modifiée en Orient, car éclairée par une lumière de l’au-delà – comme un phare de communications croisées entre ceux qui sont partis et ceux qui arrivent. En effet, elle produit sa propre matière lumineuse pour les lacunes de sa propre narration: une clarté venant des hauteurs plus grandes, bien que sa source, dont le fond est impossible à voir, soit enfoncée plus profondément dans la Terre.

Car Lachésis ne reçoit ni ne réfracte aucune autre lumière que la sienne propre; aussi est-elle la seule à donner le rythme de transfiguration à ceux qui sont dans les chaînes de leurs connaissances trop étendues. Et c’est là un point de déviation, déterminé d’une manière extrêmement précise, au sein de l’Entendement dont la constitution se dégrade peu à peu: celle de Khora à deux battants.

Esprit du récit d’histoire – petite créature féerique dans la Jarre de Pandore; reste timide de l’Espoir; vitre de Hesper aux volets frémissants.

Le jugement d’excommunication contre le premier qui a prévu cette déchéance, plus précisément, contre l’esprit de ce récit qui rectifie le cours de l’histoire: en tant qu’écho d’un avenir impossible à envisager, il est enfermé à clef dans la Boîte Noire, soutien souterrain de Khora elle-même, dans laquelle tourbillonnent les réponses (préparées d’avance par l’écriture du ciel) aux points du phénomène du mal, tel qu’il devait apparaître dans l’avenir (points culminants des souffrances de l’archiêtre non transfiguré, rangées dans cette même boîte). Or, elles finissent toutes, par former une mosaïque cohérente, à laquelle, cependant, manque la principale force motrice: déclenchement de l’aiguille indiquant l’heure, qui n’est provoqué que par la pression interne, due au désespoir des excommuniés.

L’Écho est le premier sédiment de l’Idée, formé “avant” la chute dans le Temps, c’est-à-dire dans un temps paradoxal d’avant le début de la création, ou bien, avant la définition de l’opposition la plus acharnéе à l’Idée primordiale elle-même. L’Écho est, pour cette raison, le vecteur de l’œil divin qui envisage l’ensemble d’un avenir lointain, et cela du fond de la volonté de retournement où bouillonnent toutes les autres potentialités, originairement exclues. L’Écho est une attache héraldique ou une articulation de la porte céleste qui garde le résumé de la conscience de soi planant dans le vide et obligée d’évoluer pour atteindre la plénitude de sa propre substance, c’est-à-dire pour interpréter celle-ci d’une manière altérée:

Claudel

L’Écho est, également, le lieu de potentialité ajournée d’un œil omniscient de midi et, à la place de celui-ci, qui est stationnaire: œil clignotant de minuit qui classe et réoriente les éons, comme ceux qui ne sont pas encore sélectionnés! Et enfin: l’Écho est un don accordé par le Temps, en tant qu’incarnation du rayon de minuit prévoyant l’avenir, – nécessairement insupportable à l’Autre à qui l’on pourrait éventuellement faire appel. Toutefois, à la suite du bruit fracassant, émis par son extinction, il en reste de la poussière dont l’éclat, distillé, produit un fil de lumière élongé qui dessine toute la figure vibrante du chat bondissant, non uniquement son œil/rayon, dont la lumière n’a qu’une durée limitée.

Finalement éparpillé, l’Écho crée une musique qui se propage dans les mondes environnants. Donc, c’est une musique conçue à la façon de Pythagore et qui, quoique préétablie de la manière supra-céleste, trop éloignée pour nous, n’est, au fond, que le résultat de l’état de quelqu’un qui, en observateur muet, subit ce qu’il y a de plus effroyable sur la Terre, ce qui freine l’aiguille tournant dans l’œil de ce même observateur et le pétrifie en le transformant en un météore de nature à opérer un changement social planétaire: roue de la Fortune lancée vers l’inconnu, dé que l’on jette en frissonnant, “folie indispensable” /Mallarmé/.

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*      *

Une apostasie qui le est par son essence, non pas celle qui soit consécutive à une ancienne appartenance, mais qui, peutêtre représentée par un carré étirée, à l’intérieur duquel s’est consolidé le point de croisement, celui qui est la résultante des idées que, dans l’abîme, un être des temps les plus reculés pouvait se faire de lui-même. Cette apostasie est, de ce fait, une condition préalable à la généralisation, car tout phénomène particulier doit être précipité, tôt ou tard, dans l’abîme, afin d’être rattaché ou non – en ressuscitant de là, comme du fond d’un miroir – à un nouvel embranchement de son contexte primordial ovoïde à reflets argentés.

L’étoile qui, de toute ancienneté, existait en tant que possibilité unique, sans avoir été élue, fut retirée en faveur de l’apparition des auréoles des autres. Lors de son extinction, elle laissa des débris calcinés (“traces archéologiques”); c’est-à-dire: elle projeta à la surface, à l’instar d’un vent volcanique, tout ce qu’elle contenait dans ses entrailles. Ainsi fut-il formé un labyrinthe de résonances dans sa propre cavité fluide, ce qui indiquait l’impossibilité de son retour au point de départ. Modifications en série de la partie la plus intérieure et de la partie la plus extérieure de l’être spontanément crée et extrêmement puissant de cette étoile, modifications dont les conséquences étaient impossibles à prévoir; substitution définitive de son côté droit/celui de la libéralité par le côté gauche/celui de l’apostasie, – chemin vers sa propre individualité transformée qui retentissait dans le vide environnant; tentative de dompter, par des miroirs, toute l’étendue future du néant, intégrée dans son être.

Et c’est là une interaction, dénuée de contacts, entre le noyau d’avant le commencement qui était en plein sommeil hibernal et le chaos environnant causant des lésions à ce noyau. La découverte de la formule de déchiffrement d’une décision altérée profondément individuelle, contenue dans la décision universelle de l’époque archaïque, est le seul moyen pour cette dernière de mener à bonne fin sa propre réalisation. Ce n’est qu’ainsi que les apostats élus /cf.: débris de l’étoile éteinte/ peuvent arriver à s’emparer du noyau des connaissances possédés par les initiés en assumant en même temps les immenses souffrances d’autrui.

L’importance de la résignation à l’égard de la première vision triomphante qui avait eu la possibilité de se réaliser “avant” le passage par une échelle d’autres possibilités: les apostats, qui l’étaient par leur essence, subsistèrent grâce aux signes votifs qui furent faits, dès avant le commencement, par tous les êtres qui avaient le ferme espoir de survivre par la vue/l’ouïe de leur alter ego lointain, sur une parallèle inconnue. Et c’étaient là des fantasmes oniriques d’une oiselle qui n’était pas encore née et qui, profondément attristée, se tenait sur ses réserves à l’égard de tous ceux qui ne voyaient pas sa vision…le naufrage du Bateau qui propageait une exaltante Idée…

En rendant le dernier soupir, l’oiselle/le bateau/la plume brise son bec/sa proue/sa pointe en l’enfonçant – comme une épée transformée en stylo – dans un récif, d’où commence aussitôt à chanter l’histoire tout entière de son esprit, qui était omise; et cela grâce à un décodage spontané en arrière, qui est un enregistrement supplémentaire/une mise au point; le fondement d’une clarté de cristal étayant la première question posée; définition du commencement comme faculté de discernement; fléchette du processus interminable d’emmagasinage des connaissances, réalisé en coopération, dont les rênes sont tirés par Moi et Toi…C’est seulement alors que l’ancre à trois dents du Bateau devient l’antenne la plus élevée du Château qui s’agrandit obliquement grâce à l’éclosion de ses propres cristaux.

Si, soumis à la pression d’une main anonyme qui verse, dans l’espace obscur d’une boîte, l’extrait du martyre – l’apostatique, le fragmentaire, le dénué d’histoire – il s’avère que c’est précisément là le début de la vraie histoire (passant par diverses époques chaotiques), non pas le déchiffrement du secret du temps correctement légué (présenté sous la forme d’une formule ingénieuse, rédigé avec cohérence); et c’est aussi ce fait qui, malgré son animalité, sauve de la mort l’âme de l’individu dans le labyrinthe de surabondance. En effet, les fragments épars de l‘éternité doivent nécessairement être rassemblés pour qu’on puisse couper le cours réitérant du temps et tracer la voie vers un espace qui soit ouvert aux courants de leurs propres reflets dans le miroir. C’est là la victoire du Sphinx sur Kronos, déterminée par l’intervention des flux du Phanès (Éros) qui, avec toujours plus de force, retentissent aux pôles de la Terre.

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En quoi consisterait le sens de la contrefaçon dans le corps d’une révolution cosmopoétique? Ou, en d’autres termes: qu’est-ce qui est la raison principale de l’attaque psychique contre la fille du Soleil (grain du récit post-historique, sédiment de l’orage de lumière), plus précisément, celle de l’attaque qui n’est pas lancée par le Personnage du Soleil noir, mais due à la contrefaçon de son legs testamentaire? En effet, le vent magnétique d’une étoile éteinte véhicule la pollution, causée par les sceaux corrodés, – du fait que ceux-ci falsifiaient l’authenticité de l’apostasie elle-même. Alors que la quintessence de la révolution, consommée sans que l’on ait procédé à la sélection de ses éléments, s’effrite, ses débris devenant la décoration clouée sur la porte d’accès à la voie de fourvoiement. La quintessence contrefaite de la révolution: les sceaux de connaissance du bien et du mal, ou plutôt, les vœux faits dès l’état immémorial par les âmes sélectionnées et promettant de se consumer en des actes créateurs (en vue de racheter l’immensité de leur désorientation): ils se détachent du corps r/évolutionnaire vivant des masses et se transforment en sceaux (tête) d’un autre corps, – celui du serpent qui dévore sa propre queue et cela jusqu’au moment où il se réduit à sa propre tête fossilisée: crime contre soi-même qui lui est extorqué ou décoration qui s’effrite.

– peut-être: dans une fausse coïncidence, féconde jusqu’à la fin des temps, malgré de gros risques courus; son sceau d’une différence éternelle étant empreint sur le couvercle de la boîte qui garde les images de toutes les idées.

Car le noyau de l’archifascisme est le règne d’un esprit de technicité magique qui se détache lui-même de la connaissance de sa propre génèse en faisant disparaître les traces de l’esprit divinement animal (trône) d’autrefois et qui, de cette manière, provoque sa propre précipitation dans la gueule du premier fauve prophétique (pour y être aspiré par le silence insupportable du Sphinx).

“En effet, dût la loi, toujours uniquement sous sa forme fixée par le destin et éternellement la même, être finalement comprise, dût cette forme aussi, et avec elle le destin lui-même, languir dans les fers froids et inchangeables du domaine saturnien, l’aspiration prométhéenne est orientée vers le feu qui flambe dans la profondeur de leurs abîmes communs, de celui d’en haut et de celui d’en bas; et en démolissant la prison de forme extrêmement simple, prison de retour éternel, en maîtrisant le destin, en maîtrisant la forme, elle pénètre jusqu’à  l’aïeul le plus ancien qui est assis sur son trône dans la profondeur la plus grande, avec, entre les mains, la véritable authenticité de la loi”.

(Hermann Broch: “La Mort de Virgile”)

Cependant, dans ce trou ténébreux ou plutôt dans cet espace d’attente muette, se déroule un ressort tendu, en comprimant ensemble un minuscule être utopique et une force foudroyante de sa parole reduite au silence… Or, le déclenchement spontané de la force entravée de son langage se transforme en ailes de dragon déployées qui protègent – à l’instar de l’arc-en ciel au-dessus d’un abîme – un petit grain qui a le pouvoir immémorial unique de germination dans le vide. C’est ainsi que celui-ci devient la flamme du cri de l’aube qui se distille, en répandant sur le paysage des alentours sa propre matière colorante. Pavillon insaisissable pour l’œil de l’intrus.

(Edgar Poe)            

Signaux du chemin vers l’Hyperborrée: une fois arrachés à la densité juteuse de leur sol méridional, c’est-à-dire au centre du monde céleste et terrestre (rempli d’éther et produisant des volcans), des troncs, déchirés par la véhémence de leurs propres nœuds et s’élançant vers des espaces lointains, continuent à tourner autour de leurs axes, jusqu’aux abords de l’inconnaissable. C’est ainsi que tous ces troncs – qui marchent et, à l’instar des pavillons, tourbillonnent conduits par ce remous de l’abondance (incarnée par les chignons défaits et fournissant de leurs propres solutions d’énigmes) – apprennent, pour la première fois, l’existence des régions septentrionales, où les rayons crépusculaires, issus de la sphère de clarté, fêlée, parce que emprisonnée par les couronnes des arbres, frémissent, de peur de  glisser dans la nuit… Et alors, sur le point de s’éteindre, ils filent un rejeton de la sphère, tortueux et argenté, quille d’un bateau crépusculaire, virant à tout vent.

La quille du bateau naufragé naviguant au crépuscule, rejeton de la coque sombrée des bienheureux, comporte un axe de perles, réservoir d’une lumière obscure qui égoutte (essence écoulée du Soleil) et conçoit Horus (trosième œil) après la mort. Ce réservoir n’est, donc, rien d’autre que le potentiel de germination des taches solaires, condensées pour former des fils à tisser qui tirent de l’aile de la nuit, étincelante de rosée, une étoile de dernière clarté.

Le corps d’Osiris, germé après la mort – conformément aux rapports réarrangés entre les points de stress qu’il renfermait, se ramifia en signaux indiquant diverses directions. C’est ainsi que seulement après sa mort il fournit des matériaux à construire un bateau àvoiles céleste, mis en mouvement par les vents de toutes les souffrances qu’il avait subies au cours de sa vie. Alors que l’essence solaire motrice, qui subsistait en lui, se transforma – grâce à son silencieux égouttement – en phosphorescence d’une prunelle béante, excessivement profonde: en un œil au sens d’orientation propre à l’aveugle, lui permettant d’être le seul à pouvoir escalader l’échelle.

D’autre part, le mât de ce bateau était une flèche lancée par Neith du fond de sa propre profondeur préhistorique et arrêtée, en plein mouvement, pendant qu’elle pressentait vaguement, dans ses rêves, les hauteurs extrêmes des étoiles. En même temps, la force ascensionnelle de la flèche, décochée par Neith, correspondait à celle de l’arrachement de l’ancre dont le trident, levé et déposé sur le pont du bateau, faisait tourbillonner le vent ou enchevêtrer les voiles. (En effet, le trident n’était autre chose qu’un instrument d’écriture éruptive de la lumière). Et cet enchevêtrement qui venait de se faire devait être un lieu d’exil dans l’avenir, écrit par le vent du monde souterrain sur le pavillon tourné vers d’éternels départs.

Entretemps: l’Apollon astral noir – gardien du sommet de fils stellaires – tomba dans l’ouverture percée dans la texture incandescente de l’Oiselle de feu, la Prophéthesse. Car, c’est lui, son succès le plus grand (non entièrement obtenu) quant à la réinterprétation de l’arc, qui ne fut renversé sur la Terre que par Jupiter le Fulminant. Voilà pourquoi, après que celle-ci eut cicatrisé l’orbite de feu de la flèche par sa prunelle, sise dans sa propre queue – Apollon la rejeta (Thémis – Muse trois fois réduite*), pour lui substituer tant lui-même que la particule de la Prophétesse, Arthémis, – la rebelle qui quitta le Bateau pour fuir dans les bois, celle qui était la seule à pouvoir dompter sa mère furieuse et la ramener à son état primitif. Cependant, elle était en même temps la œur jumelle d’Apollon et portait, elle aussi, l’arc et la flèche, mais dirigés dans le sens opposé. Donc, deux croissants qui ne forment jamais un disque, comme deux éclipses côte à côte, celles de la Lune et du Soleil. Et ce n’est que de cette manière qu’ils soutiennent le frémissement de l’âme, dans l’abîme de son attente du jugement dernier, – euphémisme archipoétique désignant le cataclysme irrémédiable de la Terre.

“Ensuite, Apollon et Arthémis reprirent ensemble à la Triple Muse la domination sur la poésie.”

(Robert Graves: “La Déesse Blanche”)

Le Chemin de retour: un escalier en colimaçon qui se précipite du sommet de la prévision de ce qui est arrivé une fois, vers le fond du préétablissement de ce même événement, donc, vers une perspective plus profonde d’un avenir absolement incertain et qui, à partir du seuil de la porte céleste (Khora à deux battants ouverts) se déroule de lui-même. Ce n’est que la dernière marche qui ramène vers le haut la première, celle qui est sous-entendue, omise, – et cela dans Khora elle-même! En effet, la constatation d’une différence substantielle (divergence irréductible de la première marche et de la dernière) se produit dans Khora (chambre claire du front, celle de l’Esprit/l’Horloge), plus précisément, dans sa seule ouverture circonscrite (le troisième œil; blessure causée par le balancier), – ce qui fait que sa porte ne s’ouvre que pour un demi-instant! Or, lorsque’elle retourne dans les profondeurs du passé inexaminé (source de sa propre individuation, déterminée par le destin), l’œil de sa vision onirique se divise en trois rayons: deux rayons croisés archifondamentaux, complétés par un troisième, indépendant, neuf, qui remplace celui du milieu, détail-clé, mais inaperçu, préfiguration de la densité éclaircie de l’avenir, – le seul en état de détacher la tête de la Méduse <10>! L’information salutaire sur la succession des événements, surgie, au milieu d’un infini absurde et déffusée par l’unicorne spiral ou par une marche supplémentaire se déroulant spontanément pour s’élancer vers le ciel de minuit. Dans la chambre supplémentaire de l’Esprit/le front (Khora), librement surélevée, a lieu ceci: la moïre de gauche (Lachésis – Nouvelle Lune) se libère elle-même (au moyen de ciseaux recourbés) de la tyrannie de celle de droite (Hécate – Pleine Lune), alors que la place centrale de la Mère engloutissante d’autrefois (Méduse) est occupée désormais par une moïre tout à fait nouvelle: une Lémoure (Dragonne), Maya – lumière constante de l’unicorne; œil souterrain émettant de l’éclat, – remous de l’écho rappelant la pulsation du cœur ou bien, poids apesant de l’Esprit/l’Horloge.

En effet, le troisième œil est l’ouverture de l’âme, la multiplicité de déchiffrements de l’énigme de celle-ci, la langue de feu du dernier jugement, ainsi qu’un souffle de fraîcheur s’élevant de la catabase, trésor d’images des idées! Et si cette seule issue à l’usage de l’esprit créateur primordial (solipsistique) est bouchée, le pouvoir est saisi par la Méduse malveillante, – trou noir dans le cosmos, dernière manifestation du désir exaspéré (nourri par les apostats), celui de communiquer avec le monde environnant.

*

*      *

La conscience que le sujet unique a de lui-même (état a priori impossible), aptitude à se voir lui-même dans un avenir absolu constitue une forme de confrontation préalable avec sa propre situation sans issue: la Prophétesse (Oiselle de feu) n’acquiert cette conscience que dans l’extrême isolement de l’exil, celle-ci étant vouée à un développement éternel qui s’effectue à travers le labyrinthe d’un temps évoluant dans plusieurs sens. Et ce cours de Sa conscience finit, tout de même, par avoir ses coordonnées spatiales, en devenant – du fait qu’il a été plusieurs fois oublié – l’enregistrement d’un trajet plusieurs fois repris et, à cause de la pluralité des temps, diversifié, mais parcouru exclusivement par le regard de la Prophétesse.

Ce n’est que cet enregistrement multispatial (concentré sur une zone géométriquement circonscrite, vue à travers le prisme de la sphère qui se déplace sans cesse, et auquel est sacrifié l’ensemble du temps dont dispose la Prophétesse), qui évoque l’effet du dernière tour de Son fuseau céleste, celui qui éparpille ce temps en produisant des étoiles à l’infini et qui est le seul à pouvoir déterminer le rythme des constellations éloignées: c’est qu’il mesure /prévoit/ les arrêts indispensables au processus de leur écriture céleste collective dont elles rêvent sans discontinuer.

Cela, cependant, retourne complètement et relativise la vieille hiérarchie éonique des souffles qui étoilent le ciel: car les rythmes des sphères fixés par Ananké (Oiselle de l’univers) ne sont que des séries d’appels à l’autonomie collective du foyer central, composé, dans son essence, d’éléments aux asprirations scissionnistes, opposées les unes aux autres. En effet, ces rythmes ne sont, tout d’abord, que Son invention précoce, enfant aux ailes dorées, Éros dans le rôle de Phanès, qui est le manteau tourbillonnant de la Sphère intemporelle; alors que leurs arrêts ne sont rien d’autre que les réponses hardiment annoncées par des constellations lointaines à l’appel inarticulé d’Ananké (c’est-à-dire au demi-tour de Son fuseau autour de son axe silencieux); cf. “Le critère de la hauteur est la profondeur des révérences”* (Cvetajeva); donc, précisément les réponses qui, par rapport aux supputations effectuées par Elle-même (à l’instar de celles de l’Oiselle de feu gagnant le rivage par la mer de mal), peuvent être à la fois numériquement inférieures (minorité éclairée) et surnuméraires (majorité non éclairée). Or, précisément là où apparaissaient les surnuméraires, on vit se former des nœuds stellaires qui s’acharnaient à s’éliminer eux-mêmes par des répressions réciproques – causées par l’absence du secours qui aurait dû leur parvenir du foyer des scissions – au point qu’ils furent engloutis tous ensemble, pour être, ensuite, reconstitués sélectivement et enregistrés avec des accents différents, grâce au sceau, nouvellement obtenu, de leur origine, consigné dans l’œil-trésor de l’Oiselle de feu. C’est pourquoi seuls ceux qui étaient numériquement inférieurs furent retenus dans le registre rénové, mais comme inopinément enrichis par la présence perpétuellement croissante de ceux qui avaient été surnuméraires et que les numériquement inférieurs découvraient, interminablement, en eux mêmes, comme désormais transfigurés, – le tout par la nécessité de raccourcir (dans leur esprit, indéfiniment irréconciliable avec eux-mêmes) le trajet de la Déesse de tissage jusqu’à Sa couronne d’étoiles, tressée en guirlande (cf. jusqu’à la forme de sa conscience d’Elle-même, rotative à l’infini).

Néanmoins, tout cela ne se passait que virtuellement, au niveau des supputations stratégiques d’Ananké qui n’avaient rien à voir avec le stade du développement, (se produisant essentiellement par bonds), que le Scissionniste (oie annonçant l’aube par ses cris) traversait en ce moment-là. Car, à la différence d’Ananké, en tant qu’être d’avant le temps, cet Autre soutenait constamment l’ardeur des esprits/flambeaux qui créaient des nœuds de lumière, leur feu sous la cendre, si bien qu’ils jetaient une lueur obscure (signification-clé, dissimulée derrière les lettres mortes) sur leurs propres entrées/sorties enchevêtrées. Et cela au point que l’essence de leurs rapports réciproques devenait une rapine due à leur fascination par l’image d’un chemin (au point de départ égaré) menant à l’actualisation spontanée, dans un avenir lointain, d’une entité à l’esprit de causalité finale; or, l’image en question, étant usurpée, raccourcirait le chemin non seulement jusqu’à l’actualisation de cette entité, mais jusqu’à celle de n’importe qui. La rapine était, donc, perdue d’avance, du fait que ces esprits/flambeaux, qui n’appartenaient pas à la vieille élite et qui, étant excessivement envoûtés, ne faisaient plus la différence entre la réalité virtuelle de la mère et la réalité actuelle de la fille; c’est-à-dire, ils substituaient celle-là à celle-ci (bien que la première eût été effectivement actuelle pour un bref laps de temps, comme matérialisation de sa synopse); toutefois, elle n’était directement accessible qu’à ceux des esprits/flambeaux qui, appartenant à l’élite, avaient le pouvoir de “souvenance immémoriale”; donc, le tout du fait que, pour des raisons secrètes, la première s’était présentée comme immédiatement actuelle pour tous, en vue de soutirer et de mettre en évidence le degré de leur dépendance d’Elle, ce qu’Elle ne souhaitait pas le moins du monde; plus précisément, en vue de s’en distancier ainsi d’avance et d’éviter la connaissance progressive d’Elle-même, voie qui serait nécessairement cannibalesque, ainsi qu’en vue de s’assurer une voie de discontinuité, que l’effet de la connaissance d’Elle-même /dont elle avait eu la révélation une fois en rêve et qui fut suivie de Sa catastrophe virtuelle) rendait accessible d’une manière tout à fait différente de celle de l’ancienne hiérarchie qui la définissait comme siège de l’omniscience et du haut duquel, grâce à sa volonté d’autodissémination, elle devait se transformer en une voie éternelle vers l’inconnu, voie d’incarnation a posteriori de sa propre nomination qu’elle avait une fois refusée.

Le sacrifice, au bon moment, d’un savoir localement considéré comme absolu par cette entité virtuellement créée d’une manière spontanée, dans un temps immémorial, effaçait, dès le début de son existence potentielle par elle-même, la différence entre, d’un côté, elle-même (ou le trône chimérique, vacant, car essentiellement impossible à être cédé, avec l’élite des esprits qui le soutenait) et, de l’autre côté, les esprits marqués par une tache de convoitise acharnée du bien d’autrui, c’est-à-dire, par un désir immodéré de devenir sujets en dehors d’eux-mêmes, – simulacres de l’entité qui avait disparu en se sacrifiant. Cependant, au lieu de tout cela, on voit maintenant surgir la différence entre cette entité virtuelle, spontanément créée en un temps immémorial et ses connaissances trop étendues pour une communauté unitaire, exigeant un espace supplémentaire pour l’apparition du Scissionniste, – un Tiers voyant absolument tout, plutôt pointillieux que rêveur et qui, longtemps auparavant, s’était rendu indépendant de l’Oiselle de feu. Or, il s’agissait de l’Oie cacardante qui, en plein brassage des mondes prévus par l’Oiselle de feu, était la seule en état de reconnaître le rayon surgi du vide (cf. chambre claire/cavités frontales du cerveau). Et c’était là le rayon/onde qui, à l’instar d’un coup de cloche, annonça une rencontre impossible jusque-là, celle de la Prophétesse et du Scissionniste. Donc, le lieu où le sujet utopique (le regard que la Prophétesse replie avec mélancolie en elle-même, au moment précis de sa disparition) rencontre son propre sujet constitutif datant d’une époque immémoriale, – l’oculaire/la chambre noire de son propre œil qu’Elle transforme aussitôt en un sujet dont l’existence aurait été impossible dans les époques archaïques, mais dont elle avait rêvé même à l’état de veille; en l’œil de l’Oiselle de Feu, vitré par la distance, en chambre claire, – lieu de préétablissement de la synchronie stellaire, en découvreur d’un contexte beaucoup plus ample, englobant les innombrables rencontres des étoiles, lors desquelles, malgré une extrême effervescence, il n’y eut jamais de collisions.

En effet, l’Oiselle de Feu (la Moïre au mauvais œil) est bien celle qui, du fond du Volcan, projette, sous un angle déterminé avec précision, un Dé incandescent (éclat d’un météore venant de la profondeur de l’œil de la Mère des Titans, autrefois omnisciente) vers les hauteurs inimaginables où sa clairvoyance sera sacrifiée. Cependant, elle lui sera redonnée, dès qu’elle aura réussi à circonscrire intégralement son idée sur l’infini, destinée à être accouchée dans les douleurs: l’unique manière permettant que cet infini, essentiellement traité sur un ton de lamentations et qui s’effrite en se transformant en décor, soit analysé et mesuré avec exactitude, conformément à l’aspiration la plus sublime de la Moïre, sans aucun risque de se voir supprimé. Donc, douleur – coupure dans la texture des contes/destins autrefois brodés par les Mères – principal moyen de parvenir enfin à la limpidité.

La Lémourie

La Lémourie – située quelque part dans le Moyen Pacifique – était de loin plus ancienne que l’Athlantide , elle possédait le temple consacré à la prunelle du Soleil.

Le sommet detaché de la Piramide, ou bien la flèche de la vision solaire renfermait l’unité d’ombre; c’est-à-dire, son  point culminant, en faisant spontanément un détour s’abreuvait à cette source; le condor (être volatile sollaire) avait aspiré, au cours d’une migration, une nébulause provenant de l’abîme du néant et celle-ci devint partie intégrante de son cheminement aux plusieurs remous.

Les habitants de la Lémourie étaient tellement plongés dans l’illusion simulacre de la prunelle du Soleil qu’ils ne s’aperçurent pas des circonstances mêmes de son apparition; et c’était la lie des âmes autodéstructives qui tend à précipiter et à faire engloutir par le fond de tous les désespoirs la flèche de cette âme de lumière universelle la première qui ait emergé.

Le temple consacré à la prunelle du Soleil – planté au confluent des puissances souterraines, aussi bien que les habitants ressemblés tout autour, sombrèrent au-dessous du fond océanique recouvert d’algues. Ceux qui étaient trop exltés de la beauté ne rendaint pas compte de la nécessite de faire refroidir le disque solaire où s’inscrirèrent les contenus de prophéties concernant le globe de lumière nocturne, sis sur le socle central à l’intérieur du temple. Bien qu’il fût causer des incendies de forêts.

Un certain nombre de survivants transportèrent le globe de cristal et son disque sur le continuent voisin d’où ceux-ci arrivèrent enfin sur l’Athlantide. C’est que seuls les habitants de l’Athlantide – bien que privés de l’idée sur le premier créateur, avaient construit de nombreux anneaux autour du terrain destiné au temple consacré au Soleil.

Le globe ainsi transférée, émis enfin, par des rayons, son contenu – interprété par le disque – aux anneaux circonvoisins, dessina la constellation des taches solaires, correspondent tant au visage de la mère créatrice qu’aux points du mal dans la nature humaine.

Cependant, les habitants de l’Athlantide n’ont pas su extraire de celte mosaïque inanimée le fil de lumière de la mère ancestrale filant après la mort ce que faisaient les Lemours – en plongeant dans la profondeur de sa vision d’un avenir lointain, c’est-à-dire en rendant l’avenir à la fois agissant dans le présent et en marquant un tournant à l’égard du passé.

APENDICE

  1. Le Temps humain ou solaire – flèche de la prunelle solaire qui fait résonner la zone crépusculaire de l’humanité (vers l’occident) et détermine la voie de la Nouvelle Aube (celle d’en-deça et celle d’au-delà).

Le Temps divin ou lunaire – intervalle entre les options elles-mêmes; lieu obscur d’attente du Jugement dernier. Flèche inversée de la décision solaire, la Lune décroissante: – retour dans la prunelle du panache septicolore de la flèche, ou bien, dans le creux mythique d’in/existence – qui émet alors le bleu lividende la blessure divine primordiale.

  1. La distrinction essentielle
  1. Les taches sur la face du Soleil sont un ensemble d’esprits de génies les plus sélectionnés: de ceux qui tirent leur origine de la transplantation spontanée des étoiles des Pléiades. Ce sont eux qui furent les premiers habitants de l’île des bienneureux, à l’époque où les humains n’existaient pas encore.
  2. Les tâches proportionnelles à celles du Soleil qui marquent certaines âmes terrestres et que seul l’être du Soleil peut voir, sont des signes de l’envie qu’inspirent la grandeur des Pléiades et le groupe d’esprits congénères.

Catherine Ristitch Aglaé

Katarina Ristić Aglaja

Traduit par Zoritsa Hadji-Vidoikovoic

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