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    La Déesse Triple –  Nouvelle interprétation du trône d’Ananké

        

    L’impasse de l’histoire humaine aboutit à l’aliénation de l’empreinte archioriginaire, imprimée dans tous les êtres et concentrée dans l’œil de l’oiselle/la prunelle du Soleil – qui, par son éruption, produit sa propre éclipse: signe prémonitoire (donné par la Lune obscure) qui dénonce l’oubli humain de l’Étoile polaire, dont  la mort s’est inscrite précisément sur le visage de la Lune. Cependant, cette aliénation amène, en atteignant son point culminant, l’ouverture de nouvelles voies (celles d’outre-tombe, de déplacement des lumières, de poésie authentique). Car, il n’y a que cette aliénation qui, en tant que fourvoiement, permet que, à la fin, une seule voie (parmi toutes les voies possibles, escalators de l’éternité) s’empare du droit de descendre jusqu’au fond de la spirale de tous les temps, pour y inciser le grain de substance humaine gisant dans la Couronne du Nord. D’où le flot de changements d’appellations désignant la substance de la Mère, ou plutôt, la traînée d’une larme verte coulant du fond de minuit.

    En effet : la couronne cornue, faucille-faux de la Mère chasse les profondeurs auto-observatices d’une prunelle vers une somptueuse fontaine du temps perdu – dans laquelle respiraient et régnaient les esprits d’élite, excommuniés aprioriques.

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    Tout comme cette couronne, la Lune-gardienne de phare, rayonne, en présentant à la fois l’aspect supérieur et déchu de la Mère créatrice: elle reflète, quelquefois, la lumière de l’Étoile polaire qui veille généreusement sur la souffrance des excommuniés, si bien qu’elle fait fondre/transplante, dans les vallées vertes, les sommets glacials de sa propre accoutumance d’autrefois à l’excès de toutes les souffrances futures de la terre, qui ne peuvent absolument pas être justifiées par quoi que ce soit, expliquées, en leur donnant un sens, ni transfigurées. Mais elle émet aussi sa propre énergie obscure, reste d’un astre éteint qui, dans un passé lointain, s’était allumé par lui-même; les souvenirs de celle-ci, concentrés sur elle-même, éveillent l’effroi dans l’âme des mortels, à cause de son impossibilité de sauver tout ce qui, (en tant que donné limité), avait été intercepté par Son œil (en sa qualité d’observatrice farouche)*.

    C’est l’échec de Son premier songe prophétique qui était impitoyable, car il excluait tous ceux qui s’étaient fortuitement trouvés, pendant un demi-instant, hors de Son courant principal/hors de son champ optique, délimité dans les temps archianciens; c’était un état de raisonnement de la déesse, état archaïque de la Mère, archifasciste, tyranniquement protecteur, celui du soleil noir qui aurait été enclin à rêver encore d’un monde d’au-delà de l’horizon et d’une nouvelle génération d’esprits, si la foudre d’un regard (dont l’auteur s’était trouvé, par pur bonheur, dans Son œil, à Elle) ne l’avait pas malheureusement arrêtée en pleine demi-phase….; c’était là la prescience de son esprit créateur qui n’avait pas encore connu le sens du sacrifice de soi ni entrouvert la porte de l’effroi pour jeter un coup d’œil dans l’espace nouvellement éclairé, grâce au cercle intime d’alliances-dans-la-mort.

    Mais cette effroi substantielle de la Lune est à la fois un effort de reconsidérer la conscience humaine, condition de dépassement de tout état et de tout point de vue établis comme durables: c’est devant le mortel qui en est obsédé que s’ouvre une mine de souvenirs sans bornes et cela dans un ordre chronologique égaré ou peut-être simplement altéré, le papyrus qui le contenait s’étant envolé arbitrairement vers le point du jour de l’au-delà.

     Et c’est là l’emblème du phosphore: sagesse de l’emmagasinement se consumant d’elle-même ou avancement, dans un climat en pleine confusion, vers la précision du critère personnel;

    maturation de l’œil de la prophétesse, embué d’ardeur, jusqu’à la clarté cristalline d’une miséricorde d’importance universelle; et, enfin: métamorphose d’une vieille à la sagesse muette, retirée au fond d’une caverne, en une jeune fille se présentant devant un public en chantant la révolution.

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    Au début, le d’Ananké marchait à merveille: il n’entraînait (“kidnappait”) pas encore les mortels des élites dans ses propres sphères. Bien que se distanciant, à l’hyperborréenne, de la souffrance du monde déchu, il n’était pas impitoyable, mais plutôt généreux. Cependant, malheur! il n’y avait là personne à recevoir son don: projet d’un temps, né dans son songe, qui n’avait pas encore prévalu. C’est pourquoi le Trône d’Ananké, faute d’événements, ne cessait de frémir.

    Le plan de la création, dans l’idée d’Ananké, fut d’abord celui des mondes antispacieux, parallèles, qui ne devaient pas se rencontrer, non encore le plan de ceux d’en-deça, issus du chaos et devenant, à l’instar des comètes, ceux de lumière! C’est précisément grâce au caractère du synopsis maternel que put être réalisée l’émancipation irréversible des créatures, c’est-à-dire leur hardiesse (d’abord seulement à titre exceptionnel) qui les rendait prêtes à payer un prix exorbitant de leur indépendance pour la bonne raison qu’elles émergeaient du fond du miroir archinocturne.

    La Déesse Triple, (“louve” conduite par les étoiles, avant de devenir Généside, surgie nue du chaos, au visage archilunaire d’observatrice affligée, “grande vagabonde”**, dont l’évolution s’échelonnait sur des millénaires), c’était Ananké, – harmonie d’avant la vie, froide et implacable par suite de son éloignement, mais ayant tout de même intégré, dans la réalité de sa synopse, un couple terrestre, en le plaçant au centre de sa création, tissée de fils de lumière et réalisée en trois temps.

    Et précisément, la première idée de celle-ci, née dans son songe, ce fut l’Enfant du Chaos, Éros-Callisto, cristal provenant de l’imbrication d’événements éloignés, façonné par le tourbillon des Eléments de Généside; œuf à deux semences, celles de la lumière et de l’ombre d’où, en poussant le cri d’une nouvelle aube, perce Phœnix; en même temps, la réplique de l’Ombre de sa Flamme est l’incarnation de Cronos, demi-dieu mourant qui tend à la vie éternelle par la mort de sa mère divine, Crone, sa sœur réléguée dans l’ombre.

    Ananké, cependant, l’emporte sur sa propre Ombre (Hécate-Crone) qui, contrairement à la loi céleste, a fait accéder au Trône, arrosé d’étoiles, un intrus terrestre, Hermès; pour le faire, elle s’était métamorphosée en sa propre fille, Moïre Lachésis, qui, ayant quitté les sphères lointaines, est descendue, pour un bref laps de temps, sur la Terre, en vue d’aider les mortels à faire les lois de leur État. Et, en faveur de celle-ci, elle brise ses propres sceaux, taches sur la face d’un soleil beaucoup plus lointain, – donc, le logos lui-même de sa propre espèce extra-terrestre. Car, ce n’est que lui (ce logos) qui fait rebrousser chemin à Lachésis, dans son évolution terrestre aboutissant à elle-même, son cheminement étant extrêmement individuel, différent de celui de la Sœur d’Ananké, Généside qui, en tant que forme du courant universel, représente tout le monde et personne.   

    Aussi, en sauvant, en faveur du trône renversé, la substance réflexive d’Ananké embrassant l’ensemble des connaissances, par l’éclaircissement du cas, grâce à une lumière qui le dépasse, cette minuscule lumière vitreuse (fille-moïre) a-t-elle un rôle décisive dans la restauration, sur un autre plan, déplacé, de ce même trône qui prend de l’ampleur par l’intermédiaire des échos. En effet, les sommets glacials de la Mère sont effectivement les sceaux du mal transfiguré – de celui qui ne s’est pas encore produit, mais qui dès avant le commencement était défini comme nécessaire: dans le but de trouver une voie permettant de contourner éternellement son œuvre à elle, achevée dans son idée et qui ne devait prévaloir que dans une période isolée; ou bien, en d’autres termes, dans le but d’éviter le moment préétabli par elle, celui d’effondrement du dépôt cosmique (“récipient stellaire recueillant les sphères”**; et aussi: attelage du char du Soleil) se précipitant dans l’abîme de la seconde mort.

    Par conséquent, le geste de Cronos dénonçant le chant des sirènes, c’est-à-dire sa défense de lui-même et des autres créatures qui séjournent dans les mondes inférieurs, contre l’appel hypnotique des sphères supérieures, – s’est avéré fortuitement utile – , quoiqu’il ne fût pas motivé par un dessein noble. Il était simplement le résultat de la projection de sa nature cannibalesque sur Ananké elle-même.

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    A cet endroit, je me réfère à la thèse de Robert Graves, selon qui, “après l’arrivée des conquérants venus de l’Asie Centrale”, les mythes grecs “furent altérés en vue de justifier les changements sociaux survenus”* . Mais, cette altération a eu, à mon avis, des effets positifs aussi.

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    Dans mes livres je présente ma thèse sur l’origine du mal; celle selon laquelle celui-ci ne vient pas des bas fonds de notre monde terrestre, mais de l’instance suprême de l’Esprit – celui-ci n’ayant été interrompu dans son élan jusqu’au point d’empiétement sur l’infini qu’à cause de sa tension excessive. Ensuite, les rapiéçages de cette interruption ou les endroits d’arrêts indispensables s’incarnent en mal humain planétaire, – “géopathogène”; en même temps: en formules terrestres ingénieuses de survie à une mort locale dans l’univers. Mais, celles-ci ne s’activent toutes ensemble qu’en fin de l’histoire humaine – en infirmant la menace de tête de linotte pour cet esprit qui se détruit lui-même.

    Le dilemme principal de l’humanité archiancienne (peut-être celui des habitants de l’Atlantide qui n’étaient pas encore déchus) se posait au sujet de la question de savoir si cette mappemonde du mal, reçue d’en haut, devait être publiée ou escamotée. Fallait-il empêcher l’éruption du mal inhérent à la nature humaine, en le tenant secret, en vue d’assurer le contrôle de la minorité sur la majorité? Ou bien, la mettre en évidence, en la publiant tout simplement pour en faire la gâchette à tirer en vue de déclencher une révolution sociale sur toute la planète: précisément celle qui irait de pair avec la transfiguration envisagée et spontanée de toute la matière mortelle.

    Catherine Ristitch Aglaé               

    Traduction: Zoritza Hadji-Vidoikovitch

     

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